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« Collabos de toutes les Églises unissez-vous » – DU BRIGANDAGE  OECUMÉNIQUE ET DE L’INERTIE DES ÉGLISES ARMÉNIENNES

 

Nos faux-frères syriaques d’Allemagne en visite à Bakou

Le 18 juin, en visite en Azerbaïdjan, une délégation du diocèse de l’Église syriaque orthodoxe d’Allemagne (1) a été reçue au « Centre international du multiculturalisme de Bakou ». La délégation dirigée par l’archevêque Julius Hanna Aydin, responsable  des affaires œcuméniques de l’Église syriaque orthodoxe d’Allemagne, était composée du père Mourad Uzel, archidiacre de l’église Saint Jacques de Sarough de Warburg, de Mme Suzy Uzel, de M. Andreas Çelik, Président du Conseil de la communauté syriaque d’Allemagne. Le communiqué publié à cette occasion par les médias officiels azerbaïdjanais rapporte que « Ravan Hasanov, directeur exécutif du Centre international du multiculturalisme de Bakou a communiqué aux invités des informations détaillées sur l’environnement multiculturel et tolérant en Azerbaïdjan, la politique de  multiculturalisme mise en œuvre par le chef de l’État Ilham Aliev, ainsi que le modèle de multiculturalisme en Azerbaïdjan. Il a souligné que les valeurs multiculturelles sont importantes en Azerbaïdjan depuis des siècles (2) et que les représentants de différentes nations et cultures vivent ici sans aucune discrimination ». R. Hasanov a insisté sur le fait que son pays « s’efforce d’établir une compréhension mutuelle et des sentiments de solidarité entre les représentants des différentes religions du monde entier et constitue un exemple à cet égard. »

Le lendemain, c’était au tour de Ramin Mammadov, le Président du Comité d’État chargé des affaires avec les associations religieuses (3), de recevoir cette délégation. Durant cet entretien, ce dernier a évoqué « le modèle exemplaire des relations entre l’État et la religion en Azerbaïdjan et de la politique de l’État dans le domaine religieux ». Il a en particulier souligné le fait que « le Président Ilham Aliev avait fait progresser les traditions de tolérance en faisant une politique d’État, qu’il avait toujours accordé une attention et un soin absolu au domaine religieux sans faire de distinction entre les confessions religieuses ». Le sort des Arméniens du pays en atteste …

De son côté, après avoir exprimé sa gratitude pour l’organisation de cette rencontre, l’archevêque Julius Hanna Aydin a donné des informations sur la communauté syriaque en Allemagne. Il a ensuite évoqué « le rôle et l’importance du multiculturalisme dans le monde moderne en soulignant que la politique mise en œuvre par l’Azerbaïdjan dans ce sens était importante ». Les représentants des deux parties ont ensuite évoqué les perspectives de leur future coopération. Le communiqué précisait que la délégation rencontrerait également des représentants des communautés religieuses d’Azerbaïdjan et visiterait des Églises (4).

 

L’ÉGLISE CATHOLIQUE D’AZERBAÏDJAN COMPLICE D’ALIEV

Le site de l’Église catholique d’Azerbaïdjan informe de son côté que le 26 mai, à l’occasion de la fête de la Sainte Trinité, des fidèles de l’Église catholique d’Azerbaïdjan ont effectué un « pèlerinage » au village de Nij, dans la région de Gabala dans le nord de l’Azerbaïdjan. 

Une messe a été célébrée à l’occasion de ce « pèlerinage » dans l’église Saint-Élisée – dite de Jotari (5) – volée à l’Église arménienne par la « communauté chrétienne albanienne -oudie ». Elle a été présidée par le Primat de l’Église catholique en Azerbaïdjan, l’évêque Vladimir Fekete, et concélébrée par les pères Emile Chafar et Selva Koumar. Toujours d’après ce site, Rafik Tanakari, qualifié de « responsable spirituel » (6) de la communauté chrétienne albanienne-oudie, et des représentants de cette communauté ont également participé à cette célébration.

Non content de participer à ce « brigandage » culturel et cultuel, l’évêque catholique a eu ces mots d’une indignité absolue : « De tout mon cœur, je vous félicite tous à l’occasion de la fête de la Très Sainte Trinité, fête au cours de laquelle nous exprimons solennellement notre foi chrétienne en Dieu, un en trois personnes. Nous sommes réunis ici, sous les voutes de ce vénérable sanctuaire pour glorifier le Seigneur pour le don de la foi que nous avons reçu des disciples du Christ, parmi lesquels se trouvait Saint Élisée, dont cette église porte le nom. Je voudrais remercier nos frères Oudis et vous, personnellement, cher Rafik Muallim, pour votre hospitalité, pour le témoignage de votre foi. Nij est déjà devenu un lieu de pèlerinage pour les Chrétiens d’Azerbaïdjan et un lieu de grâce pour tout le pays ». 

En conclusion, l’homme d’Église, visiblement plus fidèle à Ilham Aliev qu’à Jésus Christ a  terminé son homélie du jour par ces propos : «Le monde traverse aujourd’hui une crise que l’on pourrait appeler une crise des relations: de nouveaux foyers de conflits politiques apparaissent et d’autres, plus anciens, éclatent. Même les personnes proches, les membres d’une même famille ou de vieux amis commencent à se quereller en raison de différences de vision du monde. Dans ce monde déchiré par les contradictions, nous, chrétiens, devons rappeler constamment la valeur du dialogue, du respect de l’autre et de l’unité ».

A l’issue de la célébration, Rafik Tanakari, le « chef spirituel » de la « Communauté chrétienne albanienne-oudie » s’est adressé aux présents: « Nous sommes toujours heureux de vous accueillir, Votre éminence, cher Mgr Vladimir, ainsi que nos frères et sœurs catholiques. Aujourd’hui est un jour unique pour nous, puisque le matin, nous avons célébré avec le diocèse de Bakou de l’Église orthodoxe russe le jour de Saint-Élisée, l’Illuminateur de l’Albanie du Caucase, et maintenant nous sommes unis par la fête de la Très Sainte Trinité. » 

La célébration liturgique a été suivie d’un repas champêtre réunissant tout ce beau petit monde dans l’enclos de l’église arménienne devenue un haut lieu du « brigandage œcuménique » qui réunit désormais Catholiques, Orthodoxes et leurs « frères Oudis ». 

Le 4 juillet, c’est le Président de la Commission Pontificale pour l’Archéologie Sacrée du Vatican, Monseigneur Pasquale Iacabone, et ses collègues, qui ont visité les églises de la Sainte Mère de Dieu et de Saint-Elisée du village de Nij et rencontré Rafik Tanakari.  D’après le site de cette secte, « Les invités [auraient] exprimé leur profonde satisfaction quant aux conditions créées pour la “ Communauté chrétienne albanienne oudie dans le pays ”. » 

Il aurait été opportun que Mgr Iacabone demande à se rendre en Artsakh et au Nakhitchévan, mais aussi dans les autres régions du pays où le patrimoine arménien est profané, vandalisé et détruit sans un début de protestation de la « Communauté internationale »

Après avoir appelé les prolétaires de tous les pays à s’unir, la dynastie des Aliev propose désormais aux ouailles des différentes Églises chrétiennes d’Azerbaïdjan une nouvelle devise : Collabos de toutes les Églises unissez-vous !

Mais nul ne songe à poser aux fidèles de ces Églises, à leurs hiérarchies, depuis le sommet  jusqu’aux responsables locaux,  et aux fidèles la question suivante :

« Où est Abel ton frère ? ». Où sont passés les 500 000 Arméniens de ce pays ?

Dieu répond « La Voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi. Et maintenant tu es maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère » (Genèse 4, 9-11).

Face à ce véritable « brigandage œcuménique » organisé que font nos trois Églises ?

Quelles démarches ont-elles entreprises auprès de leurs interlocuteurs à tous les niveaux de leurs organisations, depuis le sommet jusqu’aux instances locales ?

Fidèle à lui-même, Aliev organisera sans doute en marge de la COP 29 une nouvelle assemblée des Religions pour livrer au monde entier sa fable de « l’Azerbaïdjan terre de tolérance ».

Sans attendre la COP 29, il a d’ores et déjà programmé un grand sommet inter-religieux, le troisième, en novembre à Bakou.

Avons-nous une stratégie pour contrer cette initiative ou pour y participer ?

Ou bien allons-nous laisser Aliev occuper le terrain du spirituel ?

La question s’adresse à l’ensemble des responsables  religieux et laïcs de nos trois Églises.

Sahag SUKIASYAN

_______

(1) L’Église syriaque est l’une de nos Eglises-soeurs de la famille des Églises Orthodoxes orientales dont nous sommes la plus proche et en communion. Pour rappel, en 1963, en l’absence d’un troisième évêque nécessaire pour le sacre du Catholicos Zareh 1er, le siège de Cilicie avait fait appel à l’évêque syriaque Mar Severios, représentant du Patriarche syriaque à Damas et Beyrouth. 

(2) Une formule originale et intéressante quand on sait que ce pays a été créé en 1918.

(3) Le « ministère » des affaires religieuses et des cultes. 

(4) Malgré des recherches sur les sites des Églises catholique et Orthodoxe du pays ainsi que sur celui de la « Communauté chrétienne albanienne-oudie », il n’a pas été possible de savoir quelles « Églises » cette délégation avait pu rencontrer.

(5) Selon certaines sources, l’église aurait été construite sur le martyrium  de Saint Vlas le martyr, disciple de Saint Élisée. Elle a été entièrement reconstruite grâce aux efforts du prêtre Astvatsatur Jodanyants dans les années 1840, comme en témoignent deux inscriptions sur les entrées sud-ouest et sud. C’est donc ce prêtre arménien qui aurait donné cette appellation de « Jotari » utilisée par les Oudis. L’église a été également restaurée en 1879 à l’initiative des villageois arméniens. L’édifice a fait l’objet d’une nouvelle « restauration » en 2004 dans le cadre d’un projet financé par une organisation humanitaire norvégienne. Lors de la rénovation, toutes les inscriptions arméniennes de l’église ont été détruites, ce qui avait motivé la protestation de M. Steinar Gil, alors  l’Ambassadeur de Norvège en Azerbaïdjan. Ce dernier refusa même d’assister à l’inauguration du monument et compara alors la destruction de ces inscriptions à la destruction des Bouddha de Bamyan. Suite à ses critiques à l’égard du gouvernement Aliev, S. Gil a fait l’objet d’innombrables attaques de la part des médias azerbaïdjanais. En 2004, le parlement de Bakou a voté une motion pour le déclarer « persona non grata » alors que l’année précédente, il avait été nommé « Ambassadeur de l’année » par la Fondation Human Rights House. En 2006, à la demande d’Aliev, S. Gil a dû quitter son poste d’ambassadeur en Azerbaïdjan et a été nommé  Ambassadeur de Norvège en Lituanie.

(6) On ne sait toujours pas si cet homme a fini par être ordonné – et avec quel « statut » de diacre ? de prêtre – par qui que ce soit. Il continue d’être régulièrement présenté comme le « responsable » spirituel de ce que l’on pourrait dans le meilleur des cas caractériser de secte. Dans tous les cas son « patron », Robert Mobili, l’a autorisé à l’affubler d’une soutane, d’une coiffe ecclésiastique et à porter une croix pectorale sans que nous sachions à quoi correspondent ces attributs vestimentaires et cet insigne. 

Éditorial