14/11/2021 - ENTRETIEN

Entretien avec Kegham Badem, membre du Bureau du CCAF Paris-Île-de-France

Par Harout Nobel 

NDLR.- Le communiqué du Bureau national du CCAF dénonçant le « faux communiqué » du Conseil d'Administration du CCAF-Paris-Île-de-France publié le 29 octobre a mis en lumière une crise qui existe depuis un certain temps mais qui n'avait pas éclaté au grand jour. Apparemment, la prise de position ferme de la FRA contre le gouvernement arménien pendant la guerre des 44 jours et d'autres raisons organisationnelles ont créé une polarisation au sein même d'une fédération d'associations comme le CCAF. Pour mieux comprendre la situation, nous proposons à nos lecteurs un entretien avec Kegham Badem, membre du conseil d'administration du CCAF-Paris, et un article sur le CCAF d'Antoine Bagdikian, le président de l'Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants Arméniens.

* * *

« Nor Haratch » - Le bureau National du CCAF a émis un communiqué dénonçant dans des termes extrêmement forts un communiqué de presse de compte-rendu des élections du conseil d'administration du CCAF Paris-Île-de-France. Comment interprétez-vous ce rejet ?

Est-ce un rejet des résultats de l'élection du bureau de CCAF Paris-Île-de-France ?

Kegham Badem- Selon les statuts du « Conseil National des CCAF » élaborés à Paris en date du 29 septembre 2012, il n'est nullement mentionné l'intervention de cette instance dans les affaires de l'une des trois « associations adhérentes » (CCAF Paris, CCAF Lyon et CCAF Marseille) qui constituent cette « Fédération d'associations », nommée Conseil National des Conseils de Coordination des organisations Arméniennes de France.

Reprenons les faits tels qu'ils se sont déroulés :

Le Conseil d'Administration du CCAF-Paris-Île-de-France était convoquée pour renouveler son Bureau. Il a fallu deux réunions des membres du CCAF-Paris-Île-de-France pour entériner les résultats : l'une, le 6 octobre et l'autre, le 20 octobre.

Il faut savoir que CCAF-Paris-IdF tient une Assemblée Générale (AG) tous les ans. Elle élit son CA pour un mandat de trois ans. Le CA renouvelle son Bureau et son président tous les ans.

A) Le 6 octobre 2021, le Conseil d'Administration (CA) du CCAF-Paris-IdF a été convoqué par les co-présidents sortants. Le CA s'est réuni et les élections se sont déroulées selon les règles fixées par les statuts.

Premièrement, le nombre des membres du Bureau à élire est limité à neuf membres selon les statuts, néanmoins, les co-présidents ont proposé d'organiser un vote pour le faire passer à onze. Cette proposition n'est pas passée, la majorité a voté en faveur d'un Bureau à neuf élus en respectant les statuts.

Deuxièmement, treize membres se sont portés candidats pour le renouvellement du Bureau. Après le vote, en scrutin secret, le nouveau Bureau a été élu. Pour la première fois, la FRA ne faisait pas partie du Bureau, ce qui signifiait que son représentant M. Mourad Papazian, le co-président sortant, n'était plus membre du Bureau du CCAF-Paris-IdF, par conséquent ne pouvait plus se prétendre à la présidence ou à la co-présidence CCAF-Paris-IdF.

L'AFAJA, nouvellement élue, s'est retirée pour laisser place à la FRA. Suite aux discussions, la FRA a finalement rejeté cette proposition. Ce qui a réduit le nombre d'associations du Bureau à huit.

Ara Toranian, représentant « Les Amis de NAM », lui aussi co-président sortant a exprimé sa solidarité avec Mourad Papazian, n'a pas souhaité se présenter à la présidence, rejetant fermement toute proposition de candidater seul.

La JAF, l'une des associations fraîchement élue au Bureau, annonce alors sa candidature à la présidence du CCAF-Paris-IdF. Dès cet instant, Ara Toranian et Mourad Papazian interviennent longuement pour convaincre les membres à trouver une solution qui rétablit le statut quo qui prévalait dans le passé, c'est-à-dire la co-présidence du CCAF-Paris-IdF. Les deux ex-co-présidents ont mis la pression pour modifier les décisions du CA, ils ont traité des thèmes considérés par la plupart des membres hors sujets à l'élection en question, comme la situation géopolitique régionale et internationale, la méthode appliquée d'Erdogan, etc. A la fin, Ara Toranian a menacé de démissionner de la présidence du CCAF National.

Un seul candidat s'est présenté pour la présidence : la JAF. Douze membres sur 19 ont voté blanc et 7 ont voté pour. La JAF a été élue à la majorité simple.
Troisièmement, les co-présidents sortants ont insisté pour un vote à majorité absolue, mais comme les statuts étaient bien clairs sur ce point :

le président a été élu à la majorité simple des voix.

B) Durant la deuxième réunion du CA du 20 octobre, tous les membres avaient bien compris les règles précises régissant l'élection du Bureau, chacun des membres ayant une copie des statuts imprimée sous la main. Ceci, afin d'éviter toute mésentente.

Personne n'a contesté les élections du Bureau. Les co-présidents sortants ont alors proposé de faire passer exceptionnellement le nombre des membres du Bureau à onze. Après une très longue négociation, cette proposition n'a pas été acceptée, d'où aucun changement des membres du Bureau.
Malheureusement, la JAF ayant subi de forte pression depuis la réunion du 6 octobre, a pris la décision de se retirer du poste de président juste après le communiqué de presse du Bureau nouvellement élu de CCAF-Paris-IdF. Le CA de nouveau doit se réunir pour élire son nouveau président à la tête de CCAF-Paris-IdF.

« NH » - C'est la première fois qu'une telle crise éclate en plein jour au sein du CCAF. Quelle en est la raison profonde ?

K. B. - La dénonciation de cette élection sème le trouble et le doute dans l'esprit des membres de la communauté. Elle est contraire aux valeurs démocratiques exprimées lors du vote du Conseil d'Administration. Ce refus de passation de pouvoir n'est que le témoignage d'une certaine mainmise qui a assez duré.

Il faut savoir que personne ne remet en cause la co-présidence du Conseil National du CCAF. Cette élection concerne celle de CCAF-Paris-IdF. Un bureau élu pour un an. Pourquoi cet acharnement ? Pourquoi déstabiliser le CCAF-Paris-IdF ?

D'autre part, on peut aussi penser que les événements en Arménie ont certainement pu contribuer à une volonté de changement de la part des membres du CA du CCAF.


« NH » - Quelles sont les voies de recours pour surmonter cette crise sans précédent ?

K. B. - En réalité, il n'y a pas de crise, c'est une situation de refus total de démocratie, et de non-respect de la décision souveraine du Conseil d'Administration d'une association.

Il faut que les deux co-présidents sortants acceptent leur désaveu et fassent une passation de pouvoir en douceur au nouveau Bureau.

Une refonte du système serait nécessaire, tout en préservant les acquis du CCAF auquel nous avons collectivement contribué.

Un changement des statuts pourrait être une possibilité afin d'éviter toute mainmise sur le fonctionnement du CCAF. Il serait également judicieux de revoir le nombre de mandats du président.

Un groupe de travail au sein du CCAF équilibré politiquement pourrait proposer une révision des statuts.

Le nouveau bureau en place est en majorité orienté vers un renouveau du CCAF pour que cette structure s'ouvre sur la communauté, et il semble que le Conseil d'Administration soit prêt à aller dans ce sens.

En tout état de cause, l'élection d'un nouveau président devra être l'occasion de choisir la voie à suivre.

Gageons que les règles statutaires et la démocratie seront respectées pour permettre au CCAF de poursuivre sa tâche d'une manière sereine et espérons renouvelée.

Propos recueillis par

Jiraïr TCHOLAKIAN

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Dernière mise à jour : 14/11/2021 11:50 
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