29/03/2020

Patrick Devedjian : une vie

Par Achod Papasian 

Fils de Roland Devedjian, ingénieur arménien né à Sivas en Turquie, immigré en France à cause du génocide arménien, et de Monique Wallois, née à Boulogne-sur-Mer, Patrick Roland Karékin Devedjian est élève à l'école communale de La Frette-sur-Seine, au collège arménien Samuel-Moorat de Sèvres, puis à l'École Fénelon et au lycée Condorcet. Il poursuit ses études à la faculté de droit d'Assas, puis à l'Institut d'études politiques de Paris1, dont il n'obtient pas le diplôme. La guerre d'Algérie, qu'il perçoit comme une confrontation entre musulmans et chrétiens et qui lui rappelle à ce titre le génocide arménien fui par son père, suscite son engagement nationaliste de jeunesse. De 19 à 22 ans, il adhère au groupe d'extrême droite Occident (groupe dissous en 1968 qui renaîtra sous le nom d'Ordre nouveau). Il s'est marié le 26 juillet 1969 à Sophie Vanbremeersch, fille du général Claude Vanbremeersch, qui lui a donné quatre enfants, dont Thomas, énarque, ancien haut fonctionnaire. Avocat au barreau de Paris depuis 1970, il a notamment défendu Jacques Chirac et Charles Pasqua.

En 1971, Patrick Devedjian rejoint l'UDR et fonde les bases du futur RPR aux côtés de Charles Pasqua. C'est en 1983 que l'homme politique décroche son premier mandat de maire de la commune d'Antony, poste qu'il occupera jusqu'en 2002. En 1986, Patrick Devedjian est élu député des Hauts-de-Seine. Il accède à ses premières fonctions ministérielles en 2002 en devenant ministre délégué aux Libertés locales. Il est ministre délégué à l'Industrie de 2004 à 2005, date à laquelle Dominique de Villepin ne le reconduit pas. Il est alors réélu député des Hauts-de-Seine, puis président du conseil général des Hauts-de-Seine en 2007. Proche de Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian retrouve les rangs du gouvernement en 2008 lorsqu'il est nommé ministre auprès du Premier ministre, chargé de la Mise en oeuvre du plan de relance. Il a conservé son siège de député lors des législatives de 2012. En mars 2015, il obtient la majorité absolue dès le 1er tour dans le canton d'Antony à l'occasion des élections départementales. Il conserve du même coup la présidence des Hauts-de-Seine cette même année.

Engagé au sein de la communauté arménienne de France, Patrick Devedjian milite notamment pour la reconnaissance politique du génocide arménien par la Turquie. Il est d'autre part à l'origine du réexamen parlementaire, huit ans après une première tentative infructueuse de la gauche, d'une proposition de loi finalement adoptée en octobre 2006 et par lequel la France reconnaît l'existence du génocide arménien. Vingt ans plus tôt, en 1985, Patrick Devedjian avait qualifié de « résistance » les actions de l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (Asala) qui a commis une centaine d'attentats entre 1975 et 1983 dans le but de forcer la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie et la communauté internationale. Il a d'ailleurs été l'avocat de certains membres de l'Asala.

Patrick Devedjian milite contre l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, estimant qu'elle ne respecte pas encore les critères de Copenhague. Selon lui, la Turquie n'assume pas son passé (négation du génocide arménien), ne reconnaît pas certains États membres de l'Union européenne (la République de Chypre) et persécute certaines minorités (les Kurdes). Dans son livre À moi le ministère de la parole, il écrit : « Je reste donc très favorable au dialogue avec la Turquie, malgré sa brutalité et son attitude inacceptable, symbolisée par l'occupation militaire d'une partie du territoire européen - la moitié nord de Chypre - au moment même où elle demande à y être intégrée juridiquement. » (p. 190) ; « L'entrée de la Turquie est incompatible avec le projet européen, qui repose justement, pour chacun des pays qui y adhèrent, sur le deuil du nationalisme. C'est la raison pour laquelle la Turquie refuse de reconnaître le génocide arménien et traîne en justice ceux qui s'en indignent, comme l'écrivain Orhan Pamuk. Ce serait vécu comme une humiliation. De même, l'évacuation de Chypre-nord et la reconnaissance de Chypre-sud seraient vécues comme une défaite. Cela explique enfin pourquoi la Turquie ne peut accepter d'abriter une minorité kurde : ce serait ressenti comme un démembrement de la nation, une menace pour son unité » (p. 191).

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Dernière mise à jour : 29/03/2020 12:07