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Artsakh : la chute

Le président Chahramanian de la République l’Artsakh a officiellement annoncé que le 1er janvier 2024, la République d’Artsakh cesserait officiellement de fonctionner. C’est une déclaration terriblement lourde que le nouvel élu a prise sur ses épaules. Mais savait-il, le jour de son élection, que cette grande responsabilité lui serait confiée ? Un « honneur » que lui a imposé le front pro-russe de l’Artsakh (les deux ex-présidents : Bako Sahakian, Arkady Ghoukassian, l’ex-ministre d’Etat Ruben Vardanian, ainsi que trois partis d’opposition au parlement : FRA, Parti national-démocrate et « Justice »), et qui a contraint Araïk Haroutunian à la démission. Le nouveau président a été élu par un vote parlementaire. Une élection qui a encore plus irrité les autorités azerbaïdjanaises, qui sont passées à l’offensive le 19 septembre et qui a forcé la reddition des autorités de l’Artsakh et la dissolution de la république après deux jours de résistance. 

L’inactivité de la mission russe de maintien de la paix constitue un coup dur pour les relations historiques et stratégiques arméno-russes. Depuis la guerre de 2020, la Russie, l’Azerbaïdjan et la Turquie agissent dans le cadre d’une alliance ouverte contre les intérêts de l’Arménie et de l’Artsakh, qui s’est accentuée après la guerre russo-ukrainienne, notamment au vu des sanctions imposées à la Russie. Les autorités arméniennes ont à plusieurs reprises critiqué la Russie, l’alliée stratégique, pour lui signifier ses manquements à ses obligations dans le cadre du traité d’assistance militaire. 

Avec la chute de la République d’Artsakh, une nouvelle page s’ouvre pour les Arméniens, qui ont vécu pendant 32 ans dans l’espoir de l’indépendance de l’Artsakh, afin qu’elle offre à la République d’Arménie une profondeur de défense stratégique et rétablisse la justice face au génocide et agressions subies par les Arméniens au cours des siècles sous la domination ottomane et azérie. Cependant, c’est exactement le contraire qui s’est produit. 32 ans de labeur, de lutte, de rêve se sont anéantis. Le système de sécurité nationale vieux de 32 ans, élaboré depuis l’indépendance, ne s’est pas justifié. Et le principal responsable de cette situation n’est ni la Russie, ni l’Occident, ni l’Iran, ni la Turquie ou l’Azerbaïdjan, ce sont les Arméniens eux-mêmes, les dirigeants de l’Arménie et de l’Artsakh, qui sont responsables de cette situation, à cause de leur naïveté, de leur arrogance, de leur insouciance, de leur manque d’esprit de solidarité, à cause des dirigeants corrompus, incapables d’apprendre de ne pas répéter les erreurs historiques du passé. 

L’attaque russe contre l’Ukraine a intensifié la guerre géopolitique entre la Russie et l’Occident, ce qui a eu un impact direct sur la région du Caucase et notamment sur la vie politique interne de l’Artsakh et de l’Arménie, qui, depuis la guerre de 44 jours de 2020, n’avaient toujours pas pansé leurs blessures. 

Bien évidemment, la chose la plus fatale dans cette situation est la tourmente politique interne, la désunion intra-arménienne, l’hostilité irréconciliable des forces politiques pro-russes et pro-occidentales. Avec la Révolution de velours de 2018, la frontière était déjà clairement tracée entre les nouveaux et les anciens, où le fait d’avoir les faveurs des autorités russes ou la question de l’indépendance de l’Artsakh devenaient essentielles. Étonnamment, parmi les Arméniens, de se soutenir les uns les autres et d’unir ses forces face à la menace militaire de l’ennemi turc ne s’est pas transformé en instinct, cet instinct de se défendre, coûte que coûte, face au danger d’extermination.

J. Tch.

Éditorial