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À la recherche d’alliés fiables

Le secrétaire du Conseil de sécurité arménien, Armen Grigorian, ne participait pas le 8 novembre à la réunion de la « Coopération des États indépendants » (CEI) à Moscou. Pour la troisième fois, l’Arménie évite de se rendre aux réunions des structures post-soviétiques créées par la Russie. Erevan a même refusé de nommer son représentant au sein de l’OTSC (Organisation du Traité de Sécurité Collective). Pourquoi ses réserves ?

Après la chute de l’Artsakh et l’exode de sa population vers l’Arménie, la Russie, en tant que partenaire stratégique, a perdu son crédit et son importance pour les dirigeants politiques et militaires de l’Arménie. Il en va de même pour son aura de défenseur de l’Arménie auprès du peuple et des Arméniens de l’Artsakh.

Il y a aussi ces déclarations menaçantes des milieux gouvernementaux russes adressées aux autorités arméniennes, qui s’accompagnent de déclarations dangereuses d’anciens hauts responsables proches des milieux russes dont le dernier est Aragats Akhoyan : un ancien député du parti « Arménie prospère » de Gaguik Tzaroukian au Parlement arménien. Ce dernier, sur sa page Facebook, a lancé des appels publics au recours à la violence contre Pachinian et ses partisans. « Énumérez la liste de ce p… de dépravés, nous allons les tuer une fois que nous aurons la peau de p… de Nikol ». Enfin, l’Arménie est un pays qui a vécu les tragédies du 27 octobre et du 1er mars. Les autorités russes ne sont pas exemptes d’adopter des procédés d’empoisonnement et de liquider leurs opposants, Prigojine en est la dernière victime. Face à ces réalités, les autorités arméniennes sont prudentes, et dans ce contexte, les relations avec la Russie sont à revoir.

Le Premier ministre Pachinian a publiquement exprimé sa position vis-à-vis des relations bilatérales Arménie-OTSC ou Arménie-Russie, précisant que l’Arménie n’a pas l’intention de quitter ses alliés. Il avait formulé la question de manière inversée : les alliés de l’Arménie sont-ils déterminés à respecter les alliances ? C’est-à-dire, en un mot, dans quelle mesure respectent-ils leurs engagements et les accords signés.

Pachinian avait exprimé un propos similaire lors de son discours devant le Parlement européen le 17 octobre, au cours duquel il avait déclaré aux représentants de l’Union européenne : « La République d’Arménie est prête à se rapprocher de l’Union européenne, autant que l’Union européenne considère que c’est possible ».

Historiquement, la Russie est vue comme l’amie de l’Arménie. L’Arménie orientale faisait partie de l’Empire russe. Elle a joui des conditions d’existence plus favorables que ses compatriotes vivant sous le joug ottoman. Cependant, avec l’effondrement de l’Union soviétique, les règles du jeu ont changé. L’Arménie a été privée de frontières directes avec la Russie suite à l’indépendance de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan. Et depuis la guerre avec l’Ukraine, les intérêts stratégiques de la Russie avec l’Azerbaïdjan et la Turquie se sont renforcés et sont devenus bien plus primordiaux et importants que ceux avec l’Arménie. Il n’y a pas d’autre moyen d’expliquer cette indifférence des casques bleus russes à l’égard du nettoyage ethnique des Arméniens d’Artsakh.

Oui, la Russie s’est éloignée de l’Arménie, et l’Arménie recherche de nouveaux alliés stratégiques afin de se protéger de ses deux ennemis historiques, qui veulent construire une route pan-touranique reliant tous les pays turcophones ; une route qui passera sûrement à travers le sud de l’Arménie. La Russie est également favorable à ce projet, à condition qu’elle en contrôle le tronçon de route traversant l’Arménie.

Au vu de ces réalités, les récentes visites des ministres des Affaires étrangères de la France et de l’Allemagne en Arménie constituent des initiatives importantes pour établir de nouveaux partenariats stratégiques, surtout si elles peuvent garantir l’échec d’une future et énième attaque azérie. 

J. Tch. 

Éditorial