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À l’intérieur, les menaces persistent

Nouvelle Constitution, suppression de la Déclaration d’indépendance, changement de concept, la « nation » devenant le « peuple » ? Changement des titres des manuels scolaires, « Histoire des Arméniens » devenant « Histoire de l’Arménie » ? Suppression de la matière « Histoire de l’Église »… En Arménie, la politique intérieure est en ébullition : les débats au parlement, dans les médias, sur l’autel de l’église font rage. L’opposition, les ecclésiastiques accusent le pouvoir d’opérer ces changements constitutionnels et éducatifs sous les ordres des Turcs… Par conséquent, les hommes au pouvoir sont une de bande de traîtres, de vendus, ils doivent donc être démis, éliminés, « détruits » …

Débattre est un signe de maturité politique, le débat, en soi, est positif. En ce sens, le projet d’une nouvelle constitution pour gouverner le pays a ouvert un grand débat. Cependant, l’opposition se sert de cette opportunité pour attaquer et dénigrer. Et ce qui est plus grave encore c’est que l’opposition appelle au meurtre comme seul moyen de changement. On est loin de la souveraineté nationale, de la démocratie et des processus électoraux. Mais quand il est question d’Artsakh, on revendique la démocratie, le droit à l’autodétermination, les droits de l’homme et du citoyen…

La rencontre organisée au Centre socio-éducatif de l’Église apostolique arménienne, au sein de diocèse de Shirak, par Ruben Hakobian, chef du centre d’analyse politique «Akunq», ancien député membre du parti Heritage, illustre parfaitement l’état malsain  régnant dans les milieux politiques et religieux. À cette rencontre, qui avait pour thème  « Les voies pour sortir de la situation actuelle », participait également l’évêque du diocèse de Shirak, le père Michael Arch. Adjapahian.

Malgré son appartenance, dans le passé, au parti d’opposition «Héritage» de Raffi Hovannessian, connaissant parfaitement l’exercice du pouvoir selon Robert Kotcharian et Serge Sarkissian, ayant été dans l’opposition pendant des années, ayant dénoncé les injustices des régimes des anciens présidents, Ruben Hakobian passe sous silence la situation catastrophique de cette période passée et se déclare partisan de l’exercice du terrorisme à l’encontre du gouvernement.
« Nous devons d’abord repérer le moment où nous nous sommes trompés… Notre principale erreur a été de ne pas essayer de comprendre et de ne pas analyser dès le début la façon dont cela s’est produit pour à la fin, arriver à ce résultat – et permettez-moi d’utiliser cette appellation – pourquoi ce fléau destructeur de la nation” a-t-il pris le pouvoir. Nous parlons des conséquences, mais pas des causes. Nous ne nous demandons pas pourquoi il y avait de la colère au sein de la population, pourquoi suivait-elle Nikol Pachinian, parce qu’en réalité, elle s’opposait au pouvoir de l’époque, elle ne suivait pas Nikol Pachinian. Et nous avons permis cela. »  À la suite de ces aveux, sa conclusion est invraisemblable : « Il est possible de se débarrasser du pouvoir de Pachinian, destructeur de la nation,  par le biais d’exécutions politiques. »

Et concernant le révérend Adjapahian, connu pour ses positions extrêmes contre Pachinian, ses déclarations lors de cette rencontre dénotent, pour la première fois, certaines critiques et auto-critiques franches et des vérités crues : «Ne nous surestimons pas, évaluons-nous nous-mêmes correctement…», et puis, « Des Nikols existeront toujours, Nikol est le résultat des actions stupides, imprudentes et pétries d’ignorance de toutes les autorités précédentes, d’une attitude insouciante envers ce pays. Elles ont dit une chose : les Russes ne permettront pas une guerre, c’est tout, il n’y avait pas de diplomatie. » Et de conclure sur le même registre que celui de R. Hakobian, sur le même appel au terrorisme, mais cette fois, émanant d’un ecclésiastique de haut rang : « Je ne connais que trois façons de changer de pouvoir, si vous connaissez la quatrième, dites-le-moi. Une élection, ou faire comme si c’est une élection, la deuxième est un coup d’État, la troisième est un soulèvement populaire. Y en a-t-il une autre ? Il n’y en a pas, les trois sont impossibles “subjectivement”, mais “objectivement ” c’est possible. »

Il est surprenant de voir que dans le discours de l’opposition, il n’y ait aucune allusion à la nécessité d’améliorer la capacité économique de l’Arménie, aucune critique des positions des alliés stratégiques, aucune référence au danger de l’alliance russo-turco-azérie suite à la guerre russo-ukrainienne, pas d’analyse des processus géopolitiques et des dangers qu’ils représentent. Il n’y a pas la nécessité d’améliorer les équipements de l’armée arménienne qui sont dans un état déplorable. Il n’y a pas l’appréciation des forces agissant contre l’Arménie dans les instances internationales, la nécessité d’opérer un changement stratégique, de passer du statut d’un pays dit « ami historique » en allié stratégique et partenaire économique.

J. Tch. 

Éditorial