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De la désunion au défi de la nouvelle Constitution

Le jour où les autorités arméniennes ont décidé, après la défaite de la guerre de 44 jours, sous la pression internationale et sous la menace d’une agression militaire, de baisser la barre de leurs exigences envers l’Artsakh, les entités de la trinité Arménie-Artsakh-Diaspora auraient dû resserrer leurs relations afin de minimiser les dommages causés aux Arméniens au lieu de se brouiller les uns avec les autres.

Les 18 et 19 janvier, à l’initiative du Catholicos Aram 1er, la « Plateforme analytique de Cilicie » à Antilias a organisé le forum «  Le monde arménien et les événements régionaux» avec des experts invités de la Diaspora et de l’Arménie, dans le but d’examiner la protection des droits des Arméniens d’Artsakh, Le Premier ministre Nikol Pashinyan a annoncé le 18 janvier, à l’occasion de sa visite au ministère de la Justice,  l’impératif de préparer une nouvelle Constitution arménienne. Cette annonce a détoné, ouvrant la voie à des critiques, des discussions et des questionnements dans les milieux politiques.

Ces deux événements simultanés – la politique menée par l’Arménie et celle de la Diaspora – dressent un tableau discordant. La  conférence organisée par le Catholicossat de Cilicie, l’une des institutions les plus importantes de la Diaspora, traite de la douloureuse question de la perte de l’Artsakh et des moyens politiques pour défendre les intérêts des artsakhiotes.

Il est important de souligner que  le Catholicos Aram 1er, selon une tradition bien établie, a déclaré l’année 2024 serait celle de la « formation des cadres », les deux années précédentes étant celles de la « Diaspora ». Qu’est-ce qui motive le Catholicossat, dans les conditions de crise aiguë de la diaspora, notamment pour les Arméniens du Moyen-Orient, à organiser une conférence dont le thème principal est le sort des Arméniens d’Artsakh, alors que les autorités de l’Artsakh et celles de l’Arménie sont les principaux acteurs dans ce dossier ? Deux entités républicaines, ayant des structures étatiques, ainsi que des partis parlementaires, dont la tâche est de rechercher des solutions politiques, d’analyser et de défendre leurs intérêts auprès des instances internationales. Pourquoi le Catholicossat de Cilicie de la Grande Maison devrait-il assumer une obligation politique à la place des structures étatiques plus compétentes ? Cet état des choses absurde est le résultat d’une inquiétante crise, due à l’absence de communication entre ces structures nationales et diasporiques. Ce qui autrefois était appelé « l’union ternaire » (Arménie-Artsakh-Diaspora) est désormais devenu « la désunion ternaire ». La diaspora oubliant ses problèmes veut régler celui des artsakhiotes, alors que les autorités d’Artsakh, refusant la coopération avec les autorités arméniennes, décident d’organiser des élections présidentielles extraparlementaires, qui vont aboutir à l’épuration ethnique de l’Artsakh…

Le  Premier ministre, parlant de la nécessité d’une nouvelle Constitution, a posé la question suivante : « nous vivons dans un monde qui évolue à une vitesse très rapide et dans des directions imprévisibles, et il est très important, en fin de compte, de répondre à la question suivante : quel est l’avenir de l’Arménie ?
« Quelle est notre vision et quelle est notre résolution pour assurer la sécurité de la République ?». Sur ce point, le Premier ministre a surtout relevé : «La pierre angulaire pour assurer la sécurité de la République d’Arménie est la légitimité (du pouvoir) …  la République d’Arménie s’établira sur son territoire internationalement reconnu et se développera en tant qu’État de droit, État démocratique».

La sécurité de l’Arménie est en danger depuis la guerre de 2020, comment faire face à ce défi principal, les autres défis dérivant de ce premier, notamment celui du droit de l’Artsakh? En ce qui concerne la légitimité du pouvoir,  celui-ci est élu par le peuple, quelles que soient nos préférences et nos convictions personnelles, chacun est tenu d’accepter cette vérité élémentaire et aller de l’avant.

J. Tch.

Éditorial