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DÉCRYPTAGE –Le régime de Bakou étend sa présence en Europe

Ganimat Zahid, un vrai défenseur des droits de l’homme ?

Par Marc DAVO

On connaissait le régime de Bakou pour sa « diplomatie du caviar », les tentatives de corruption d’un certain nombre d’hommes politiques ou parlementaires, l’achat de biens et immeubles dans les principales capitales européennes, outre l’action classique d’influence  des ambassades d’Azerbaïdjan, aidée en cela par les ambassades de Turquie. Par tous les moyens, les autorités concernées s’efforcent de se doter de sérieux leviers pour préserver les intérêts de la famille Aliev et Pachaev (famille de l’épouse d’Ilham Aliev, Vice-présidente de la République d’après la Constitution) et  exercer une influence sous quelle forme qu’elle soit, tant médiatique que politique, sur les institutions ou toute personnalité de préférence  en vue. L’objectif est de prévenir toute remise en cause de la hiérarchie administrativo-mafieuse établie en Azerbaïdjan.

Cette volonté de contrôler se porte vers les associations humanitaires et non-gouvernementales par le biais d’infiltration au sein de celles-ci des services de renseignement, comme l’a fait dans le temps le KGB et encore aujourd’hui le FSB russe. La même tradition est mutatis mutandis de mise dans les services de sécurité azéris.   

Récemment,  on a appris que « le comité de coordination des immigrés d’Azerbaïdjan » en Europe, dont fait partie, entre autres, Ganimat Zahid (Ganimat Zayidov), rédacteur en chef d’une publication proche du Front Populaire d’Azerbaïdjan, a adressé une lettre au Président Macron et au Sénat français. Eu égard aux pressions et aux condamnations dont ont fait l’objet certains membres de l’opposition azérie, il n’est pas étonnant que la lettre en question recommande des mesures de sanctions contre la famille Aliev. Cette famille dispose des biens et est impliquée dans le business souvent fructueux. Là où des interrogations sont à prendre en considération sur l’origine de cette initiative, c’est à propos du Haut-Karabakh, puis l’éventualité des sanctions contre l’Azerbaïdjan. 

En effet, les signataires conseillent de ne plus faire cas de la question du Haut-Karabakh, car ce faisant la France « retournerait le couteau dans  la plaie ». Dans le même temps, ils s’opposent à la décision éventuelle de sanctions par le gouvernement français contre l’Azerbaïdjan. De telles sanctions, estiment-ils, sont de nature à renforcer les positions russes en Azerbaïdjan. On sait que l’Occident est très attentif à ne pas pousser Bakou dans les bras du régime de Poutine, tout en sachant pertinemment les manoeuvres et les chantages d’Ilham Aliev à ce sujet. Curieusement, ces deux « recommandations » correspondent  aux narratifs du régime de Bakou auxquels se montrent réceptifs certains milieux en Europe. A maintes reprises, le président azéri a ressassé de telles arguties à l’adresse des médias. 

On peut naturellement conclure que cette organisation est infiltrée par les agents azéris et que Ganimat Zahid qui est présenté en Occident comme
« un militant des droits de l’homme », serait,  de gré ou de force, de mèche avec le régime en place. 

Les reproches sournois abondent à l’encontre de ceux et celles qui défendent la justice et le droit, notamment, ceux des Arméniens du Haut-Karabakh, victimes d’une épuration ethnique  en septembre dernier. Ilham Aliev  lâche ses affidés pour stigmatiser le gouvernement français  sous prétexte que l’aide de la France provoque le « revanchisme arménien ». 

Force est de constater que les autorités de Bakou n’hésitent pas à instrumentaliser ce qui leur semble utile dans la réalisation de leurs objectifs. Les réfugiés et déplacés internes  consécutifs à la première guerre du Karabakh (1991-94) avaient dans leur majorité été maintenus dans des conditions précaires pour montrer à la presse internationale comme étant des victimes des agissements des Arméniens. Certains parmi eux avaient été relogés dans des villages nouvellement créés le long de la ligne de contact face aux tranchés arméniennes, pour maintenir vif dans leur esprit le souvenir de « leur terre perdue », d’une part et d’autre part, pour placer des casernes et matériels militaires en faisant d’eux en réalité des boucliers humains.

Il est important que les associations arméniennes de  la diaspora accentuent leur vigilance dans leurs rapports avec les organisations humanitaires, européennes ou internationales, afin  que celles-ci ne tombent pas dans le piège que les agents de Bakou leur tendent. Sous couvert d’un discours
« droit-de-l’homme-iste », ces agents tenteront de réorienter  leur prises de position. Je me souviens qu’en pleine guerre de 44 jours au Haut-Karabakh, Amnesty International semblait hésiter à prendre une position nette de condamnation face à la sauvagerie des attaques azéries. 

Les associations diasporiques doivent également continuer de suivre attentivement toute déclaration de personnalités politiques ou médiatiques, notamment les prises de position de la nouvelle ministre de la Culture, Rachida Dati, ou celles de Nathalie Goulet au Sénat qui ont tenu, dans le passé, des propos favorables à Bakou.

Éditorial