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Définir les besoins

Il ne fait aucun doute que l’armée arménienne a besoin de réformes. La guerre de 44 jours en 2020 l’a montré. Il est clair que la raison de défaite n’était ni les munitions, ni les soldats, ni les citoyens-volontaires, mais le commandement qui avant la guerre déclarait haut et fort que l’armée arménienne était la plus combative de la région. Celui-ci a sous-estimé la puissance de l’ennemi et surestimé le soutien réel de ses alliés. Il a trompé le pouvoir politique.

L’armée arménienne a besoin de réformes, mais par où commencer ?
Un sous-officier d’origine arménienne ayant servi dans l’armée française, porte un regard objectif, professionnel, sans états d’âme. Il a demandé de servir dans l’administration arménienne dans le cadre du programme « igortz » organisé par le haut-commissaire pour la diaspora. La partie française l’a autorisé, et la partie arménienne a, pour la première fois, permis qu’un Arménien de la diaspora serve dans le ministère de la Défense.

Après la guerre, la force motrice des réformes de l’armée arménienne n’est pas venue du haut commandement. Ce dernier a imputé toute la responsabilité de la défaite de la guerre de 44 jours au pouvoir politique. L’accusation mettait en scène un grand spectacle auquel a participé l’opposition, l’Église, les partis de la diaspora et certaines institutions caritatives. Malgré cela, la population arménienne a préféré son Premier ministre, aux restes des forces politique, sociale et religieuse. Elle lui a donné la majorité de ses voix, lors des élections extraordinaires.

Depuis plus d’un an, l’armée arménienne est en voie de se réformer sous l’impulsion du pouvoir politique gouvernement. Il y a beaucoup de travail à faire au niveau des officiers intermédiaires. Le manque de discipline, et la carence des entraînements quotidiens des officiers, le non-respect des règles de sécurité et de santé, les défauts des relations entre subordonnés et supérieurs… La poursuite de favoritisme, les relations familiales amicales bienveillantes. Nombreuses sont les attributions de grade militaire injustifiées. C’est pourquoi, comme dans le domaine de l’éducation, le ministère a approuvé un examen des compétences physiques, de métier et d’usage d’arme, les préconçus militaires (certification) pour le personnel, dont la réussite donnera au soldat le droit à une augmentation du salaire mensuel.

Comment réformer une institution construite depuis plus de trente ans, ayant son propre système éducatif militaire, son système d’auto-évaluation, ainsi que son département de réforme internes ?

Ne pas assumer la responsabilité de la défaite de la guerre, rejeter la faute sur le pouvoir politique, continuer de faire confiance aux étrangers, aux Russes ou aux autres, c’est là que réside le plus grand manquement du haut commandement de l’armée.

Suite aux négociations récentes, les gouvernements français et arménien ont signé un accord de coopération. Le problème qui est soulevé est celui de clarifier les besoins prioritaires en matière de réforme de l’armée arménienne. Quand la question est posée à la partie arménienne, la réponse est sans équivoque : tout. Ce serait très grave si c’était vrai, car cela voudrait dire que l’armée est réellement démunie, mais ce serait encore plus grave, si ce n’était pas vrai, car cela indiquerait que le commandement ne serait pas en mesure de hiérarchiser les priorités et ses besoins.

La formation des cadres est aussi un sujet très important. Le ministère français de la Défense a alloué huit places à l’École militaire de Saint-Cyr en France pour former des officiers arméniens. Quels seraient les critères de sélection des candidats? La partie française a prévenu que les places pour Saint-Cyr sont très limitées, même pour les Français.

Finalement, l’idée centrale pour la réforme de l’armée serait la priorisation, la définition d’un ordre, d’un processus et d’un but. Sinon l’armée serait toujours dépendante d’une autre force externe. Elle remplacerait alors la Russie par la France. Est-ce le but recherché ?

J. Tch. 

Éditorial