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Des hommes capables de se réconcilier

Au cours de la dernière semaine de février, la panthéonisation de Missak Manouchian a été la manifestation de l’amitié historique, mémorable, entre la France et l’Arménie. L’occasion exceptionnelle d’une coopération stratégique, qui aurait pu être encore plus significative si les coprésidents du Comité de coordination des associations franco-arméniennes (CCAF) avaient su saisir la main tendue par le président Macron.

Dès le 23 février, la presse de la FRA Dachnaktsoutioun a diffusé la déclaration du membre du Bureau et coprésident du CCAF, Mourad Papazian, concernant la réunion des coprésidents de cette organisation avec le Premier ministre Pachinian, à l’initiative du Président fran-
çais. Vraisemblablement, Emmanuel Macron a considéré que la commémoration de Manouchian était une occasion appropriée pour rétablir le dialogue entre les coprésidents du CCAF et le Premier ministre arménien.

Les informations concernant cette rencontre sont largement diffusées par Mourad Papazian via les médias de la FRA. À cette occasion, M. Papazian a également accordé une interview au site hraparak.am d’Arménie. L’Elysée et Erevan restent silencieux au sujet de cette réunion, compte tenu de son caractère officieux et probablement de son résultat infructueux, voire scandaleux.  

Pourquoi est-ce infructueux et scandaleux ? Commentant cette rencontre, la radio Ayp-fm informe sur sa page Facebook : s’adressant à Nikol Pachinian, le coprésident du CCAF (NDLR : Mourad Papazian) aurait condamné le fait qu’on lui ait refusé l’entrée en Arménie pendant 19 mois, mesure qui a finalement  été levée par la justice arménienne. Mourad Papazian a critiqué Nikol Pachinian pour avoir pris cette décision selon lui profondément antidémocratique et «source de division». Sans entrer dans les détails et à en juger par le premier et unique sujet évoqué lors de la réunion – l’interdiction d’entrée en Arménie de Mourad Papazian -, il est claire que les sujets sérieux, vitaux, qui auraient dû être abordés lors de cette rencontre ne l’ont pas été à un moment où l’Arménie est confrontée à des défis, des dangers existentiels, des dangers militaires terribles, à un moment où le Président français et le Premier ministre arménien ont à discuter autour des questions de coopération diplomatique et militaire pour empêcher une attaque azérie, à un moment historique où la figure de Manouchian offre une puissante opportunité d’union entre les États et les peuples français et arménien. Et au lieu de discuter et de proposer des programmes de développement et de coopération entre la France et l’Arménie, les coprésidents du CCAF évoquent un sujet personnel résolu en présence du Président français.

Et dans «Hraparak», des déclarations scandaleuses. Toutes les lignes rouges sont franchies. M. Papazian dit : «J’ai dit à Macron : Monsieur le Président, soyons honnêtes, est-ce cette personne (NDLR le Premier ministre arménien) qui est censée nous protéger, est-ce elle qui est censée diriger l’Arménie ? Est-ce bien cette personne qui est censée parler à Poutine, Aliev et Erdogan…». Des propos inacceptables et déshonorants de la part du représentant de la communauté arménienne de France à l’adresse du dirigeant arménien élu démocratiquement.

Et enfin, nous sommes devant une situation invraisemblable : les représentants de la communauté franco-arménienne auraient dû être les intermédiaires, les initiateurs de projets entre la France et l’Arménie, au lieu de cela, le président français se voit contraint de tenter de réconcilier les coprésidents du CCAF avec les dirigeants arméniens. Mais même cette occasion en or offerte par le président français est gâchée par les coprésidents du CCAF !

Mais revenons à l’essentiel, revenons au message qui nous a été transmis lors de la cérémonie de panthéonisation. La réconciliation est indispensable pour construire l’avenir, pour relever les défis qu’affrontent l’Arménie, la France, l’Europe et le monde… il faut des hommes capables de les relever.

J. Tch. 

Éditorial