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Entre Arméniens et Palestiniens, de notables dissemblances

L’attaque surprise du Hamas contre Israël, dans la matinée du 7 octobre, interpelle les Arméniens à plusieurs titres. Israël jouit de la réputation de posséder les armements les plus modernes, ultra-sophistiqués, ainsi que l’armée la plus performante au Moyen-Orient et au niveau international. Son effort d’être à la pointe de modernité est toujours soutenu par les Etats-Unis. L’Azerbaïdjan a pu reconquérir le Haut-Karabakh et les régions adjacentes grâce aux armes et aux drones israéliens et turcs. Après la guerre de 44 jours en 2020, le modèle de l’armée israélienne était très en vogue pour la réorganisation à mettre en oeuvre de l’armée arménienne. 

En Israël, voilà une armée aussi puissante et glorifiée qui, après être sortie victorieuse de plusieurs guerres israélo-arabes, régnait et imposait ses lois en toute impunité sur tous les pays du Proche-Orient. Israël ignorait les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, ignorait l’appel des pays occidentaux pour une résolution du conflit israélo-palestinien, ignorait la solution à deux Etats – avancée par la communauté internationale. Le pays a réussi à diviser les Palestiniens et à les cantonner pour une partie dans la bande de Gaza, et l’autre dans la Cisjordanie, où les colons grignotent les terres arabes sous les auspices de l’armée israélienne. C’est dans une atmosphère si injuste et inhumaine que le 7 octobre, Israël a été soumis à une attaque surprise, sans précédent, de la part du Hamas depuis la bande de Gaza. Toutes les structures de défense d’Israël ont été dépassées, les immenses murs en béton, les clôtures de métal entourant Gaza, les dispositifs de contrôle électronique s’avèrant impuissants à arrêter les attaques des militants du Hamas, qui ont utilisé des moyens innovants par l’air, la mer et la terre. 

Il est étonnant de voir comment les Palestiniens de Gaza, soumis à de terribles privations et contrôles, à une surveillance permanente et sévère, ont pu s’armer, collecter des munitions, stocker, fabriquer des lance-roquettes et s’organiser sous l’égide du Hamas, un parti considéré comme terroriste par les Occidentaux. Une réussite qui étonne experts et analystes traitant le conflit israélo-palestinien. 

Lorsqu’on fait une petite comparaison des blocus subis et des résistances aux forces ennemies des Palestiniens et des Arméniens durant ces trente dernières années, les conditions de vie et les moyens de défense possédés par les Arméniens semblent considérables et confortables comparées à ceux des Palestiniens. Les défauts d’organisation des Arméniens se révèlent au grand jour et ils ne supportent aucune excuse. Les ressources matérielles, humaines, scientifiques et éducatives ne manquaient pas. Le sentiment national, nourri du souvenir des souffrances du Génocide, appelait à l’unité. Il fixait un objectif. Le sentiment d’être privé des terres historiques et d’avoir perdu un immense patrimoine culturel, ainsi que les revendications de justice et de réparation, étaient des moteurs efficaces pour construire un Etat moderne protégeant les intérêts arméniens passés et futurs. Mais, contrairement aux attentes, les Arméniens ont été impuissants devant l’armée azérie, impuissants devant les jeux diplomatiques et politiques turco-azerbaïdjanais, impuissants face aux alliances controversées de la Russie. Naturellement, la supériorité des armements israéliens et turcs, couplé à la présence de soldats mercenaires islamistes, au volte-face des Russes ne remplissant par leurs obligations d’allié, étaient des facteurs objectifs qui ont fortement perturbé la défense arménienne. Mais malgré tout, l’exploit de la résistance du peuple palestinien, sa foi et son ingéniosité prouvent que les Arméniens étaient en-deçà de leurs capacités. Qu’ils ont manqué à leur devoir. 

Néanmoins, le caractère surprenant de l’attaque du Hamas a été compromis par le traitement tout aussi inhumain qu’il a infligé aux civiles Israéliens non armés, en torturant des enfants, des personnes âgées et des femmes. Sur ce plan, aussi, il existe des similitudes entre les crimes de guerre de l’armée azérie, les actes criminels du Hamas vis-à-vis des civils et le bombardement aveugle des Israéliens des quartiers densément peuplés de Gaza, où les victimes et les blessés se comptent par milliers. En guise de représailles, les Israéliens punissent les Palestiniens, mais leurs actes et ceux des Azéris restent impunis. Et la communauté internationale reste désespérément muette à ce sujet.

J. Tch. 

Éditorial