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Entretien avec Laurent Corvaisier, illustrateur de l’album « Missak Manouchian, l’enfant de l’affiche rouge »

Philippe  Sukiasyan : Laurent Corvaisier, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Laurent  Corvaisier:  Je suis né au Havre le 14 juillet 1964. Après un « bac Arts plastiques », je suis venu à Paris pour y poursuivre mes études. J’ai d’abord reçu une formation classique en rentrant aux « Arts appliqués Duperré » puis aux « Arts Décos » où j’ai passé mon diplôme en gravure . À la sortie de l’école, je suis allé voir les éditeurs et j’ai commencé à réaliser mes premiers livres. En parallèle, j’ai passé les concours pour devenir professeur. J’enseigne depuis 28 ans au « Lycée des Arts graphiques Corvisart-Tolbiac » dans le 13ème arrondissement de Paris, où j’ai créé avec une amie, Martine Brugère, une section F.C.I.L (Formation complémentaire d’initiative locale) « illustration » ouverte aux élèves après le bac. Depuis une dizaine d’année, je travaille régulièrement pour  le journal « Le Monde » dans la rubrique « Idées ». A ce jour, j’ai réalisé environ  75 albums pour la jeunesse chez différents éditeurs. Je réalise aussi des peintures murales pour des bibliothèques, des écoles et toutes sortes d’autres lieux. Je suis avant tout un peintre qui expérimente dans différents domaines appliqués. Ma rencontre avec Alain Serres, directeur des éditions « Rue du monde » est capitale dans mon parcours d’artiste. Ensemble nous avons créé 25 livres dont « Missak Manouchian, l’enfant de l’affiche rouge » avec un texte magnifique de Didier Daenickx.

Ph. S : Comment avez-vous découvert la personnalité de Missak Manouchian ? 

 L.C : Tout simplement lorsqu’Alain Serres m’a proposé d’illustrer sa, vie. Je ne le  connaissais absolument pas. C’est en lisant le texte de Didier Deaninckx, en me plongeant dans  des documents d’époque, en échangeant avec Alain Serres, que j’ai pris conscience de l’importance de cet homme aux multi-facettes, à la fois poète et résistant , figure emblématique de la communauté arménienne.

Pour le représenter dans l’album , je ne souhaitais pas réaliser une copie conforme des photos de l’époque le représentant. Je voulais avant tout que cet homme « passe par moi ».

Ph. S : Que vous inspire cette vie de M. Manouchian et que vous a apporté sa découverte sur le plan personnel ?

L. C. : Pour construire ce livre, j’ai surtout travaillé avec l’éditeur Alain Serres, nous nous sommes vus pour trouver un principe de lecture pour  cet album qui est rythmé par des flash-back : Missak est en prison, il vit ses derniers instants et, dans sa cellule, il se souvient de tous les évènements importants de sa vie depuis sa jeunesse en terre d’Arménie .

Le livre est construit à la fois en noir et blanc pour représenter les événements funestes : le Génocide des Arméniens, la montée du nazisme, la Seconde guerre mondiale et son emprisonnement. Pour évoquer les événements heureux comme sa rencontre avec Mélinée, sa femme, sa jeunesse en Arménie, sa vie à Paris dans les années 30, les illustrations sont en couleurs .

Cette volonté de confronter le noir et blanc et la couleur est une idée d’Alain Serres.  Didier Daeninckx qui est l’auteur du texte, m’a laissé complètement libre dans la création des images et je le remercie encore car j’ai beaucoup apprécié sa confiance. Nous avons surtout échangé lors de la sortie du livre et pour me remercier pour ma contribution, il m’a invité à exposer mon travail de peintre dans un salon dont il était l’invité d’honneur .

Ph. S : Quel message voudriez-vous faire passer aux jeunes gens de votre lectorat pour les inviter à découvrir ce bel ouvrage ?

L. C : La vie de Missak Manouchian est admirable et doit être pour nous tous un exemple à suivre. C’est aussi le combat d’un « étranger » qui a décidé de se battre pour la France. Ses convictions sont nobles. Il est une partie de notre mémoire collective. Son engagement a été total et je suis heureux que son parcours soir étudié en classe. Notre album y contribuera aussi un peu . 

En tant s’illustrateur, je suis fier d’avoir participé à la création de ce livre, à mon humble avis essentiel pour découvrir cet homme hors du commun. A travers la vie mémorable de Missak Manouchian, cet album permettra aussi aux jeunes générations de se plonger dans notre histoire, dans l’histoire de France. Ce grand résistant doit être un modèle pour nos nouvelles générations , un symbole fort de liberté .

Ph. S : Hormis ce livre qui parait dans une version plus complète que la première parue en 2009, vous publierez également très prochainement un album de vos « grands paysages ».

L.C : Oui, en effet. Toujours aux Éditions « Rue du Monde », ce dernier-né s’intitule : « Si tu regardes longtemps la terre ». Avec ses magnifiques textes de Jean Pierre Siméon, l’ouvrage paraitra au début du mois de mars à l’occasion du « Printemps des poètes ».

Éditorial