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Extraits du message du Primat d’Artsakh à l’occasion de la fête de la Dormition (Assomption)

Chers frères et sœurs dans la foi,

Le premier mot qui nous vient à l’esprit lorsque nous évoquons la Mère de Dieu est incontestablement celui d’humilité.

Aujourd’hui, nous sommes à nouveau  réunis pour célébrer l’une des cinq fêtes dite « du Tabernacle » du calendrier liturgique de notre Église. La belle fête de l’Assomption de la Mère de Dieu. 

Qui est la Mère de Dieu ?  Qui est cette femme mystérieuse qui inspire le respect depuis plus de 2000 ans ?  Celle qui réconforte ceux qui souffrent et les cœurs brisés ? 

En raison de sa totale humilité et de sa complète soumission à la volonté de Dieu, cette jeune femme a reçu la grâce inouï d’être la « mère terrestre » du Fils unique de Dieu.

La vie de la Mère de Dieu est un évangile vivant, vécu par chaque chrétien. 

Tout comme son Fils, elle a commencé  sa vie en obéissant à la volonté de Dieu, en répandant autour d’elle l’amour et la bienveillance. En faisant pleinement sienne l’expérience des souffrances de son Fils, elle s’est rendu digne de la couronne céleste.

L’histoire de la Transfiguration ne figure dans les Évangiles. Elle nous est parvenue par le biais de la « Sainte Tradition ». Selon cette tradition, douze ans s’étaient écoulés depuis l’Ascension du Sauveur lorsque la Sainte Mère de Dieu s’endormit. Trente jours auparavant, l’archange Gabriel lui avait rendu visite pour lui annoncer la nouvelle de son accession prochaine au ciel.

Dans les derniers instants de sa vie terrestre, alors que la Mère de Dieu se trouvait allongée sur son lit, elle demanda qu’un dernier office soit célébré et que la Sainte Communion lui soit donnée. Puis, entourée de plusieurs apôtres, elle rendit l’âme en paix. Sa chambre était emplie d’un indescriptible parfum digne des cieux. Alors, de pieuses femmes se rassemblèrent et, conformément aux préceptes, elles enveloppèrent son corps dans un linceul afin de l’emmener à Gethsémané, au lieu qui avait été désigné  par le Seigneur. Puis les apôtres placèrent sa sainte dépouille  dans la tombe en récitant des psaumes et des prières de bénédiction.

Les apôtres restèrent encore quelques jours à Jérusalem après l’enterrement de la Mère de Dieu. Cependant, l’un d’entre eux, Bartholomée, l’un des deux futurs apôtres de l’Église d’Arménie, n’était pas présent lors de la Dormition de la Mère de Dieu. A son retour, il apprit ce qui s’était passé et fut profondément attristé de ne pas avoir vu la Mère de Dieu une dernière fois et de ne pas avoir reçu sa dernière bénédiction. Il supplia alors  Pierre et les autres apôtres de lui laisser voir son corps. Après avoir prié, pris de crainte et tremblant, ils exaucèrent le désir de leur frère. Ayant ouvert le tombeau et le trouvèrent vide. Ne s’y trouvait que le linceul de Marie. Ils furent d’abord très surpris, mais ils comprirent ensuite que la Mère de Dieu avait été transportée au ciel dans une grande et lumineuse gloire. Ils louèrent Dieu avec reconnaissance.

 Voici donc en quelques mots présentée cette fête de l’Assomption de la Vierge Marie, qui est la quatrième des cinq fêtes « du tabernacle » de l’Église arménienne. La plus ancienne des fêtes dédiées à la Théotokos. 

 Mais en ce jour de joie, des sentiments contradictoires emplissent mon cœur et mon âme. D’une part, l’amère réalité de 120 000 de nos proches qui se trouvent toujours pris dans une crise humanitaire qui s’aggrave de jour en jour, et d’autre part, les obstacles artificiels qui m’empêchent aujourd’hui d’être en Artsakh aux côté de son  peuple.

 Mais ici, alors que nous sommes habités par ces pensées en apparence désespérées, la Mère de Dieu vient au-devant nous. 

 Elle a été témoin des souffrances de la Passion, son cœur a été meurtri à bien des occasions, mais au final, elle a vu la victoire de la Résurrection et a été transportée corporellement au ciel. 

 Lorsque notre Sauveur a été hissé sur la croix, pratiquement tous les siens l’avaient abandonné. Mais Marie est restée fidèle à son fils jusqu’à la fin. Faisant fi des dangers qui menaçaient sa vie, elle est restée fidèle à cette vocation suprême de mère que Dieu lui avait donnée … 

 L’une des expressions préférées des habitants de l’Artsakh, en particulier au siècle dernier, était cette formule rassurante de  « Mère Arménie », car tout enfant injustement enlevé à sa mère rêve immanquablement de retrouver ses bras … Aujourd’hui, cet enfant est blessé et à bout de forces. Sa mère tout autant. Mais nous croyons qu’ à l’image de la  Mère de Dieu, toute mère, si elle ne rompt pas son lien avec Dieu, si elle n’oublie pas sa vocation de mère, pourra voir la Résurrection et l’Ascension triomphales de son fils…

 Si en politique il n’y a pas d’amis éternels, mais seulement des intérêts, alors l’image de notre univers spirituel est bien triste. 

 Pourquoi le monde chrétien tout entier et ses pasteurs ferment-t-ils à nouveau les yeux alors que la Justice est une nouvelle fois crucifiée ?  

 En tant qu’humble serviteur du Saint autel du Christ, ma supplique et mon appel s’adressent à toutes les églises chrétiennes : Tournez vos regards vers l’Artsakh qui est un des très anciens berceaux du christianisme !

 Comprenez bien que les valeurs de cette terre sont universelles et lorsqu’ elle sera livrée aux ennemis de Dieu et profanée. Alors, le monde entier devra répondre devant Dieu, parce que « vos frères étaient en difficulté, ils étaient malades, ils étaient en prison et vous ne les avez pas visités (Matthieu 25:31-46) ».

 Que l’amour maternel sans faille de la Mère de Dieu nous enveloppe en ces jours tourmentés pour que l’Artsakh se tourne à nouveau vers la « Mère de tous », pour que par son inépuisable miséricorde, connaissant nos faiblesses et nos infirmités, elle intercède auprès de son Fils unique, notre Seigneur Jésus-Christ. 

 En ce carême qui précède l’Assomption de la Mère de Dieu, nous vous invitons tous à réciter des psaumes et à unir la prière de nos cœurs dans une supplication commune : « Sainte Mère de Dieu, intercède pour nous ! 

Que la Mère de Dieu intercède donc pour la paix en Artsakh et l’unité de tous les Arméniens !

 

Évêque Vrtanès Abrahamian

Primat du diocèse d’Artsakh

Erevan le 12 juillet 2023

Traduction : Sahak Sukiasyan

Éditorial