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FRANCE – ARTSAKH – L’Azerbaïdjan a interdit l’entrée en Artsakh de l’aide humanitaire envoyée par la France

Comme nous l’avions déjà évoqué, en réponse à la demande du CCAF, la maire de Paris, Anne Hidalgo, avait appelé les collectivités locales françaises à rejoindre le convoi d’aide humanitaire vers l’Artsakh. Cet appel avait été entendu par les plus grandes régions comme l’Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Pays-de-la-Loire, mais aussi par de nombreuses villes, des autorités territoriales. En outre, Anne Hidalgo avait annoncé qu’elle accompagnerait le convoi personnellement avec d’autres personnalités politiques, espérant que leur présence briserait l’entêtement azerbaïdjanais.

Ainsi, le 30 août, des camions d’aide humanitaire française ont quitté Erevan à destination de Kornidzor pour se rendre en Artsakh, accompagnés d’Anne Hidalgo et de hautes personnalités politiques françaises. Cependant, à l’entrée de Berdzor, le convoi français a malheureusement connu  le même sort que les 19 camions d’aide humanitaire qui avaient quitté l’Arménie il y a plus d’un mois et qui ont été immobilisés à Kornidzor en raison de l’interdiction azerbaïdjanaise d’entrer en Artsakh.

Ni la présence sur place d’Anne Hidalgo, ni celle du président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ni du vice-président d’Île-de-France, Patrick Karam, ni du président du groupe « Les Républicains » au Sénat, Bruno Retailleau, pas plus que celles de la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian et de l’ancienne maire de Marseille et actuelle conseillère principale de la ville, Michèle Rubirolla n’auront pu faire changer d’un iota de l’intransigeance des “gardes-frontières” azerbaïdjanais.

Cet accueil réservé aux représentants notables d’un des pays les plus puissants du monde montre à quel point – s’il en était besoin – l’Azerbaïdjan est confiant de sa force (au sens large du terme), et surtout à quel point il est prêt à poursuivre sa politique inhumaine et illégale, sans la moindre concession ni aucune inquétude. Nous avons dit, au sens large du terme, car en parlant de « sa force », nous faisions également référence aux garants et garanties connus et inconnus dont ce pays bénéficie. Mais ceci est un sujet de discussion à part.

A l’entrée de Berdzor, après la fermeture de la route devant le convoi français, Anne Hidalgo a immédiatement publié le post suivant sur son compte X : “Ici, au corridor de Latchine, nous témoignons qu’aucune aide humanitaire ne peut entrer en Artsakh, en violation totale des droits humains. Nos 10 camions d’aide humanitaire sont bloqués. Une crise humanitaire est en cours. Il y a urgence. »

Cependant, il ne serait peut-être pas inutile de vérifier quelle définition est donnée au terme « humanité », et aussi à « civilisation » dans les dictionnaires azerbaïdjanais.

La maire de Paris qualifie ce qui se passe en Artsakh de génocide

Une conférence de presse de la délégation française a été tenue à Goris, au cours de laquelle la maire de Paris a déclaré :

« Nous sommes ici aujourd’hui parce que les organisations arméniennes en France nous ont dit qu’il était temps d’agir, qu’il était temps de s’adresser au peuple français. Et il fallait surtout rassembler les collectivités locales françaises pour pouvoir envoyer de l’aide humanitaire à l’Artsakh. Grâce à l’unité des collectivités locales, dix camions-cargos d’aide humanitaire ont pu être rassemblés. Il s’agit de nourriture, d’aliments pour bébés, de lait en poudre, de générateurs et de panneaux solaires. Cela permettra à l’Artsakh de résister. ».

Elle a précisé que l’aide était destinée à six villes de l’Artsakh soumises à un blocus depuis décembre 2022.

« Notre message est clair et simple. Tout d’abord, nous appelons au respect du droit international. Les Arméniens de l’Artsakh sont soumis à un blocus et ce blocus est perpétré en violation du droit international et de la déclaration trilatérale du 9 novembre 2020. Ce qui se passe aujourd’hui en Artsakh ressemble à un génocide. L’ancien procureur de la Cour pénale internationale a qualifié de génocide ce qui se passe en Artsakh, et quatre des principes définissant le génocide ont été reconnus par la communauté internationale et les experts. Le conseiller du secrétaire général des Nations unies chargé de la prévention des génocides utilise également le même terme pour décrire la situation en Artsakh. Génocide, nettoyage ethnique par un régime autoritaire contre un peuple qui demande simplement le respect de ses droits, des droits que toute personne ou nation possède. C’est pourquoi nous sommes venus ici pour le constater et le condamner. Et nous demandons également au président français d’utiliser sa position au Conseil de sécurité des Nations unies pour adopter une résolution visant à respecter les droits du peuple d’Artsakh », a déclaré Anne Hidalgo.

Xavier Bertrand : « L’Azerbaïdjan ne permet pas aux Arméniens d’Artsakh de vivre et méprise le droit international »

Lors de cette conférence de presse, le président de la région Hauts-de France, Xavier Bertrand, à son tour, a déclaré :

« Tous ceux qui sont présents ici savent très bien ce qui se passe en Artsakh. Cependant, on ne peut pas en dire autant de nombreuses personnes vivant en dehors de l’Arménie. Beaucoup ne savent pas qu’en 2023, l’Azerbaïdjan ne permet pas aux Arméniens d’Artsakh de vivre. Beaucoup ne savent pas que les enfants d’Artsakh ne peuvent pas se nourrir normalement, que les nouveau-nés n’ont pas assez d’aliments, et beaucoup ne savent pas non plus que l’eau, le gaz et l’électricité y sont rares. Là-bas, les gens sont privés de tout cela à cause de l’Azerbaïdjan. Ce dernier fait fi du droit international. C’est pourquoi les représentants des différentes régions de France se sont unis et ont organisé ce convoi humanitaire, afin que les populations puissent vivre dignement jusqu’à ce que le droit international soit pleinement mis en œuvre. Et ceci nous a été interdit. Et c’est ce dont nous voulons alerter et condamner », a souligné Bertrand, appelant les autres acteurs internationaux à organiser des initiatives similaires en Artsakh.

« L’Azerbaïdjan veut transformer le Haut-Karabaքh en prison et chasser ses habitants. Nous ne voulons pas que le Haut-Karabakh devienne une cage, nous voulons que ses habitants vivent librement », a ajouté le président de la région Hauts-de-France.

Il a également demandé aux acteurs internationaux qu’est-ce qu’il leur faut pour qu’ils se réveillent enfin.

« Faut-il attendre qu’il y ait des centaines de victimes en Artsakh ? Est-ce la communauté internationale attend cela pour enfin se réveiller ? », s’est consterné Bertrand.

Le sénateur Bruno Retailleau : « Nous exigeons que le couloir de Latchine soit placé sous protection internationale »

À son tour, le sénateur Bruno Retailleau a déclaré qu’ils demanderont au président français d’appuyer l’adoption d’une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, qui permettra de débloquer le couloir de Berdzor et de le placer sous protection internationale. Il a ajouté que l’Artsakh est désormais transformé en prison et même en camp de concentration à ciel ouvert, ce qui finira par conduire à un génocide et à un nettoyage ethnique.

« Nous sommes ici pour dire à nos amis arméniens que nous n’avons rien oublié. Les liens historiques entre nos deux peuples sont indéfectibles et nous sommes unis par des valeurs universelles communes », – a conclu le sénateur.

 

Barseghian : « En tant que petite-fille et arrière-petite-fille de rescapés du génocide de 1915, il est inacceptable pour moi qu’aujourd’hui encore, le droit d’un peuple à simplement exister soit violé”

Lors de la même conférence de presse, la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian a présenté les deux raisons qui l’ont motivée à participer à l’initiative de soutien à l’Artsakh.

« Le premier est l’urgence d’agir. Le ministre des Affaires étrangères de l’Artsakh nous a dit qu’il restait deux jours de stock de farine et que la situation se compliquait de jour en jour.

La deuxième raison est que Strasbourg est la capitale de l’Europe, où se trouvent le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme. Face à la crise humanitaire en Artsakh, nous adressons un message au Président français, ainsi qu’à d’autres structures européennes, dont le Conseil de l’Europe, pour trouver une solution urgente.

En tant que petite-fille et arrière-petite-fille de rescapés du génocide de 1915, il est pour moi inacceptable qu’aujourd’hui encore, le droit d’un peuple à vivre dignement, tout simplement le droit à exister, soit bafoué », a déclaré la maire de Strasbourg.

Araïk Haroutunian a chaleureusement salué la venue de la délégation française

Le président de l’Artsakh, Araïk Haroutunian, s’est joint à la conférence de presse de la délégation française et a déclaré que l’Artsakh n’oubliera jamais les amis qui l’ont soutenu.

« L’année dernière, en décembre, lors de ma visite en France, j’ai alerté sur tout ce qui se passe aujourd’hui. Malheureusement, mes prédictions se sont avérées juste. Bien entendu, l’Azerbaïdjan espère mettre à genoux le peuple de l’Artsakh grâce à la pression humanitaire, mais il n’y parviendra pas. Nous savons respecter, mais nous ne savons pas nous agenouiller. Nous devons nous battre autant que nous le pouvons. Bien que nous n’ayons aucune attente du monde, des superpuissances et des structures internationales, mais nous continuerons notre lutte. La dignité dont nous avons hérité depuis des millénaires représente une valeur plus importante pour nous », a déclaré le Président de l’Artsakh et a remercié la France et tous les participants à l’aide humanitaire apportée, soulignant que l’Artsakh n’oubliera jamais tout cela.

Le ministère des Affaires étrangères de l’Artsakh a exprimé sa gratitude à Hidalgo et aux élus français

Le ministère des Affaires étrangères de la République d’Artsakh a exprimé sa gratitude à Paris et aux nombreuses régions de France pour leur soutien indéfectible à l’Artsakh et à sa population :

« La maire de Paris et les élus français promettent de fédérer la communauté internationale autour d’une solidarité forte en faveur de l’Artsakh », peut-on lire sur la page X du ministère.

Éditorial