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Il faut préparer la guerre pour faire la paix

Le président turc Erdogan rappelle depuis longtemps que l’Arménie doit profiter de la main d’amitié tendue par l’Azerbaïdjan. L’Azerbaïdjan fait également des déclarations en faveur de la paix avec l’Arménie… tout en utilisant l’arsenal des hostilités contre cette même Arménie et l’Artsakh. Comment ? En prononçant d’abord par un discours agressif anti-arménien, qualifiant l’Arménie d’« Azerbaïdjan occidental », exigeant la restitution de huit villages soi-disant occupés par l’Arménie, envahissant 200 km2 du territoire souverain de l’Arménie, poursuivant pénalement et condamnant des prisonniers arméniens, demandant l’extraterritorialité du couloir dit de « Zanguezour » et bombardant fréquemment les positions arméniennes, détruisant et s’appropriant au passage les monuments historiques et culturels arméniens et finalement réalisant un nettoyage ethnique en Artsakh.

Sous couvert de pacifisme, la Turquie et l’Azerbaïdjan ont ainsi durci leur position en critiquant les achats d’armes défensifs par l’Arménie à la France, l’accusant de se préparer à la guerre. À cet égard, il convient de noter la déclaration du président turc : « Aucune arme ni munition envoyée par les pays occidentaux ne peut garantir un environnement stable de paix et de sécurité ».

Après l’échec ignoble de sa mission et de son engagement à protéger l’Artsakh, la Russie n’a cessé d’envoyer des signaux à l’Arménie, exprimant sa volonté de servir de médiateur entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Cependant, l’Arménie est devenue beaucoup plus exigeante, accusant indirectement la Russie et l’OTSC de défection, leur rappelant toujours leur échec dans la défense de l’Arménie et de l’Artsakh et rejetant la participation de l’Arménie à tous les sommets inter-étatiques initiés par la Russie (ou réduisant sa participation au strict minimum).

Face au « rejet » de l’Arménie de la médiation russe, le régime d’Aliev rejette à son tour les médiations occidentales, comme le sommet de la Communauté politique européenne à Grenade ou les rencontres de Bruxelles et de Washington. La polarisation des positions de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan est de plus en plus soulignée. Deux axes antagonistes se profilent celui de l’Azerbaïdjan-Turquie-Russie, contre celui de l’Arménie et des pays de l’Ouest.

Dans cette division, l’Iran reste neutre, tout en ayant une position très déterminée face à tout changement de frontière de l’Arménie, menaçant d’intervention militaire si l’Azerbaïdjan s’aventurait de forcer l’ouverture du couloir de « Zanguezour » par la force. Ainsi, le projet de l’alliance Azerbaïdjan-Turquie-Russie d’utiliser des moyens militaires pour arriver à ses fins a été temporairement arrêté. Les Occidentaux s’opposent également au statut extra-territorial du corridor de « Zanguezour ». Cependant, rien ne garantit qu’ils interviendraient militairement pour aider l’Arménie en cas d’attaque azérie.

Dans ces conditions extrêmement explosives, le gouvernement du Premier ministre arménien Nikol Pachinian poursuit le projet « Carrefour de la paix », qui constitue le 9e point de l’accord de cessez-le-feu signé sous l’égide de la Russie le 9 novembre 2020.

La Russie n’a pas réussi, entre 2020 et 2023, à mettre en œuvre l’ouverture des voies de communication dans le Caucase du Sud. De plus, derrière le projet d’établir des voies de communication entre les pays de cette même région, il poursuivait un objectif stratégique monstrueux : pérenniser sa présence au Caucase, asseoir son contrôle sur le corridor de Latchine et celui de « Zanguezour » et, de cette manière, se donner les moyens d’exercer une pression constante sur l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Après la guerre de 44 jours, l’Arménie était devenue la cible d’attaques au quotidien des Azéris. Elle quémandait la protection des grandes puissances, à commencer par la Russie, les États-Unis et l’Europe. Elle a payé très cher son impuissance, qui s’est soldée par la perte de l’Artsakh. Malgré tout cela, l’Arménie considère qu’un traité de paix est la seule issue pour garantir sa survie. Mais aussi, malgré cela, elle poursuit l’Azerbaïdjan devant les instances internationales et cherche aussi à renforcer ses capacités de défense.

J. Tch.

Éditorial