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La liste noire secrète de la Turquie cible les critiques étrangers avec des interdictions d’entrée et des expulsions

Une base de données secrète et supervisée par les autorités turques a compilé des informations sur plus de cent mille ressortissants étrangers, dont des journalistes et des universitaires. Beaucoup d’entre eux, soumis à des procédures de refus d’entrée et d’expulsion, ont été signalés principalement en raison de leurs opinions critiques à l’égard du gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan.

La base de données utilise le code « G », représentant les ressortissants étrangers identifiés comme des menaces à la sécurité nationale et, à ce titre, ils sont soumis à une surveillance et à des restrictions de voyage lorsqu’ils entrent en Turquie. La lettre « G » est suivie de deux chiffres, signifiant des “risques spécifiques”.

Alors que la base de données a été initialement conçue pour identifier les criminels et les terroristes présumés, le gouvernement Erdogan a de plus en plus abusé de ce programme de surveillance au cours de la dernière décennie. Cela a abouti à l’interdiction d’entrée de nombreux étrangers qui n’ont pourtant aucun lien avec des activités criminelles.

Dans certains cas, les journalistes étrangers critiques à l’égard du gouvernement Erdogan peuvent se retrouver sur la liste noire. De même, les individus ordinaires qui ont publié ou aimé des messages critiquant le gouvernement sur les réseaux sociaux peuvent également se voir refuser l’admission, voire même être arrêtés lorsqu’ils tentent d’entrer en Turquie.

L’existence de la liste noire a conduit les gouvernements étrangers à émettre des avis aux voyageurs, prévenant leurs citoyens des problèmes potentiels lors de leurs voyages en Turquie. En 2018, l’Allemagne a conseillé à ses citoyens en visite en Turquie de faire preuve d’une plus grande prudence dans leurs activités sur les réseaux sociaux. L’avis aux voyageurs actuel publié par le Département d’État américain en juillet 2023 avertit les Américains de « faire preuve d’une prudence accrue lorsqu’ils voyagent en Turquie », car les autorités turques détiennent des dizaines de milliers de personnes, y compris des citoyens américains, dans des affaires à motif politique. Les critiques à l’égard du gouvernement, y compris sur les réseaux sociaux, sont mises en avant comme un facteur pouvant conduire à une arrestation.

Le fondement juridique d’une telle base de données est ambigu, dans la mesure où il n’existe aucune loi autorisant explicitement les responsables turcs à établir et à maintenir une liste noire. Selon la constitution turque, les droits et libertés ne peuvent être restreints que par la loi.