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La rue a vaincu l’église

À l’occasion du 106e anniversaire de la proclamation de la Première République, le 28 mai 2024, une série d’événements étranges se sont produits, affectant le sort de l’Arménie de façon alarmante. D’une part, les régions de Tavush et de Lori se sont trouvées en état de catastrophe naturelle,  leurs rivières ont connu des crues comme jamais depuis les années soixante. Dix-huit ponts ont été détruits, des dizaines de kilomètres de nouvelles routes nationales construites il y a deux ans, des maisons, des jardins, des granges, tout a été détruit… D’un autre côté, le processus de démarcation à Tavush s’est poursuivi, causant de graves privations à plusieurs familles de Kirants, les obligeant à trouver de nouvelles demeures. A côté de cela, une crise diplomatique avec la Russie est soudainement survenue et l’ambassadeur Kopirkine a été rappelé à Moscou pour consultation. La raison n’a pas été annoncée publiquement, mais il est clair que la référence du Premier ministre arménien aux déclarations faites par Loukachenko à Bakou inquiète Moscou. Lors de la rencontre avec Aliyev, Loukachenko avait déclaré qu’au cours d’une discussion «philosophique», ils avaient prévu que l’Azerbaïdjan gagnerait en cas de guerre avec l’Arménie ». Le Premier ministre arménien, réagissant à cette déclaration, a affirmé qu’il connaît au moins deux pays qui ont aidé à préparer l’attaque de l’Azerbaïdjan contre l’Arménie tout en prétendant aider l’Arménie. Et en marge de ces événements, on trouve les manifestations insensées du mouvement « Tavush pour la Patrie ».

Finalement, le 26 mai, le masque du révérend père Bagrat est tombé,  l’ecclésiastique voudrait devenir Premier ministre. Ses amis l’ont déclaré comme candidat au poste de Premier ministre de la République d’Arménie depuis le podium de la Place de la République. Même si, selon la constitution, il n’a pas le droit d’être Premier ministre, car il a la double nationalité. Cette question a déjà été débattue depuis longtemps, mais envers et contre tout, l’évêque est possédé par la volonté inébranlable de devenir Premier ministre. À ce titre, il a appelé le Catholicos à geler son service ecclésial, car il ne pouvait pas occuper deux postes à la fois, non pour une raison de principe, mais plutôt pour question de temps. Le Saint-siège a répondu que l’ordre épiscopal de l’évêque sera préservé, mais que son service ecclésiastique et administratif serait suspendu. Et tant pis si sa candidature est inconstitutionnelle, le bon Dieu trouvera bien une solution pour son fidèle serviteur, n’est-ce pas ? Même si cela est inconstitutionnel. Et l’opposition parlementaire arménienne soutient également cette plaisanterie !!!

Et si c’était la fin de la farce : la manifestation du 26 mai sur la Place de la République a été annoncée, il y a quelque temps, comme le jour «j» donnant lieu à un événement décisif : le renversement du gouvernement de Pashinyan. Cependant, chacun a su qu’en raison des catastrophes naturelles dans le nord du pays, le Premier ministre s’était dépêché à la rencontre des victimes de la zone sinistrée pour prendre connaissance des dégâts, mais ignorant l’absence du Premier ministre, le révérend-candidat a conduit les manifestants de la Place de la République à la résidence du Premier ministre afin de discuter des conditions de sa démission…

Et la plaisanterie s’est poursuivie à l’occasion de la célébration du 28 mai, lorsque le 27 au soir, sous la direction du révérend Bagrat, le mouvement s’est rendu à Sardarapat pour y empêcher la visite du Premier ministre arménien le lendemain matin, afin que les lieux ne soient pas profanés. Et dans la matinée, constatant l’absence du Premier ministre, notre éminent candidat s’est dépêché pour annoncer que celui-ci ne viendrait pas, craignant la présence du mouvement «Tavush pour la Patrie», et de conclure que les symboles nationaux sont devenus sans valeur pour le Premier ministre.

La comédie a atteint son apogée lorsque le mouvement « Le Tavush pour la patrie » s’est transformé en « Lutte sacrée ». Lutte sacrée au nom de quoi ? De Jérusalem ? Des valeurs nationales ? Des frontières ? De l’Artsakh ? Des prisonniers de guerre ? Ils ont oublié le proverbe arménien : « L’arme des vaillants est la conscience de la limite de leurs pouvoirs ». Le citoyen ordinaire aurait dit : « Seigneur Dieu, préserve nous de ces absurdités, de ce Don Quichotte des temps modernes qui a déclaré la “lutte contre le mensonge” ».
Et lorsqu’il aura fini de «détecter» les mensonges du Premier ministre arménien, il va se mettre à détecter également les mensonges des dirigeants d’autres pays, par exemple de Poutine, de Biden, de Macron ou du Pape ou peut-être de Sa Sainteté Karekine II. C’est alors que de vrais gros problèmes vont s’accumuler sur la tête de l’Arménie.

J. Tch. 

Éditorial