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La Russie finira-t-elle par restituer à l’Arménie ses territoires occupés entre mai et août 1920

En tout état de cause, c’est à Moscou que « l’accord » sur l’acceptation de la « Déclaration d’Almaty » (1), base juridique du règlement arméno-azerbaïdjanais, aurait dû être salué en premier lieu et aussi Moscou qui aurait dû exprimer le plus ardemment sa volonté de le soutenir. Car après tout, il s’agit avant tout de respecter « l’héritage soviétique », alors que la Fédération de Russie a officiellement assumé la succession de l’U.R.S.S. 

À en juger par la réaction hystérique d’un Moscou devenu extrêmement nerveux et d’une phalange de politologues russes, le Kremlin n’est, pour le moins, pas enthousiaste à l’idée que l’Arménie et l’Azerbaïdjan puissent parvenir à une « paix stable et durable ».

En « consentant » à procéder à une délimitation des frontières  sur la base de la « Déclaration d’Almaty » dans les régions du Tavush (Arménie) et de Kazakh (Azerbaïdjan), Ilham Aliev fait porter une lourde responsabilité à Moscou qui viole de fait, et de la manière la plus grossière, tous les principes de la « Déclaration d’Almaty » dans trois des pays de l’espace post-soviétique, en Géorgie, en Moldavie et en Ukraine. 

Si Aliev décide de rester sur cette même ligne, comme il l’a assuré au secrétaire d’État américain Blinken le 4 avril dernier, il aura de fait admis que l’Azerbaïdjan actuel n’est pas l’héritier de la « République Démocratique de l’Azerbaïdjan » (2), mais celui de la « République socialiste Soviétique d’Azerbaïdjan ».

Dès lors, une question très délicate se pose… Entre mai et août 1920, la Russie bolchevique avait déclaré la guerre à la République indépendante d’Arménie au nom de l’Azerbaïdjan soviétisé (3) – ceci n’est pas une simple hypothèse, mais un fait acquis – les conséquences de cette guerre sont d’ailleurs consignées dans le texte de l’accord de cessez-le-feu arméno-russe que les parties ont signé le 10 août à Tiflis (4). En conséquence, le Haut-Karabakh, le Nakhitchévan et le Zanguezur ont été reconnus comme des « territoires temporairement occupés, dont le statut devait être déterminé par le traité de paix ».

Évidemment, dans la situation actuelle, ceci n’a aucune conséquence pratique, mais il découle directement de la reconnaissance effective par Bakou qu’elle est le successeur de la RSS que le Nakhitchevan que le Haut-Karabakh et une partie du Zanguezur ont été cédés à l’Azerbaïdjan, ou transférés à cet État, par la Russie bolchevique, qu’aucun traité de paix avec la République indépendante d’Arménie n’a été signé, que le statut de ces territoires a été décidé, de fait, avec  la Turquie.

Le nettoyage ethnique au Haut-Karabakh a peut-être été organisé dans le seul but d’exclure cette question  du dialogue arméno-russe. Faire taire le gouvernement arménien actuel par la menace d’une occupation de Sunik, ou d’une partie de cette région, n’implique pas que le problème soit définitivement clos ou qu’il pourrait l’être. 

Dans la nouvelle situation, se posera la question de la réglementation des traités juridiques entre la Russie et l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Russie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan et l’Arménie et la Turquie. 

Comment la Russie va-t-elle se positionner ? En tant que successeur de l’U.R.S.S.  ?

Dans deux jours, Ilham Aliev sera à Moscou (5). La Russie cédera-t-elle enfin à l’Arménie ces territoires occupés en mai-août 1920.

Vahram Atanessian

« 1in.am », le 20 avril 2024 ;

Traduction et notes : Sahak Sukiasyan

 

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(1) Les « Accords d’Almaty », autrefois Alma Ata, capitale du Khazakstan, sont un ensemble de déclarations et de textes signés le 21 décembre 1991 par onze des quinze anciennes républiques socialistes soviétiques  relatifs à la dissolution de l’U.R.S.S et à la fondation de la Communauté des États Indépendants (CEI).. Ayant adhéré à ces accords, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont confirmé leur attachement à la Charte des Nations unies et à cette déclaration d’Almaty, par laquelle ils reconnaissent mutuellement leur intégrité territoriale et leur souveraineté, puis  affirmé à plusieurs reprises qu’elle servirait de base aux travaux des commissions de délimitation des frontières.

(2) Précédemment, le pouvoir azéri s’est présenté à de multiples reprises comme le successeur de la « République Démocratique d’Azerbaïdjan » en affirmant que celle-ci incluait dans ses frontières les régions du Nakhitchévan et de l’Artsakh. Cette affirmation constituait un grossier mensonge puisque la SDN avait justement refusé de reconnaitre les frontières de l’Azerbaïdjan du fait de l’existence de ce différent frontalier entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

(3) Mais surtout au nom des intérêts communs de « l’axe anti-impérialiste Bakou-Moscou » reconstitué depuis la « Guerre des 44 jours » et  peut-être même de celle des « Quatre jours » d’avril 2016.

(4) Il s’agit de l’accord signé entre la République d’Arménie et la Fédération de Russie le 10 Août 1920 à Tiflis,  le jour même où était également signé le Traité de Sèvres. Les chefs de délégation et signataires étaient : Boris Legrand pour la Russie bolchevique et Archak  Djamalian, pour la République d’Arménie. Les gouvernements britannique et français se déclarèrent alors « surpris » par ce revirement d’orientation « prorusse » du gouvernement de la République d’Arménie qui affirma pourtant qu’il demeurait résolument antibolchevique. En Septembre 1920, sous l’œil impavide de Moscou, l’armée turque franchissait la frontière arménienne. C’était le début de la Guerre arméno-turque. Une politique de « l’en-même-temps » avant l’heure  au sujet de laquelle l’opposition d’Arménie devrait réfléchir. Sauf si elle est décidée à poignarder  dans le dos la République d’Arménie, comme l’on fait en leur temps les Bolchéviques arméniens qui, en organisant la sédition à l’intérieur de ses frontières, ont contribué à la fin de notre Indépendance et à l’effondrement  de la Première République d’Arménie. Il en est de même, d’ailleurs, pour le gouvernement arménien actuel (NDT).

(5) Le 19 avril,  le media azerbaïdjanais « Azvision » annonçait : «  Le Président azerbaïdjanais Ilham Aliev se rendra le 22 avril à Moscou pour rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine …  Les présidents rencontreront également des vétérans de la ligne principale Baïkal-Amour (BAM), dont la construction a été dirigée par Heydar Aliyev lors de son mandat au Conseil des Ministres de l’URSS ». Nostalgie, quand tu nous tiens …