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La version du Premier ministre Pachinian au sujet de « l’incident de Sardarabad »

Lors d’une conversation à bâtons rompus avec des journalistes dans la cour de l’Assemblée nationale, Le Premier ministre Nikol Pachinian a évoqué le 29 mai l’incident survenu la veille avec le Catholicos de tous les Arméniens au mémorial de Sardarabad.

Pour rappel, le Catholicos de tous les Arméniens s’était rendu le 28 mai au mémorial de Sardarabad qui commémore la victoire des forces arméniennes sur l’armée turque le 28 mai 1918, au même moment que le Premier ministre et les autres représentants de l’État.

Les forces de l’ordre lui avaient alors interdit, ainsi qu’aux religieux qui l’accompagnaient, l’accès à l’esplanade du mémorial où se déroulait au même moment une cérémonie officielle à laquelle le Catholicos n’avait pas souhaité participer. 

Le Premier ministre a d'abord précisé pourquoi, d’après lui,  la police s’était opposé à l'entrée du Catholicos sur l’esplanade du mémorial: « Avant-hier et hier, le mouvement politique dirigé par le Catholicos a développé des actions visant à entraver [ici] les cérémonies officielles organisées par l’État. Sa Sainteté le Patriarche s'est approché du lieu de la cérémonie alors qu’il n'avait pas d'invitation, et nous nous ne disposions pas non plus d’information indiquant qu’il avait souhaité une telle invitation. La police a alors simplement essayé de savoir si le Patriarche était venu pour poursuivre les actions d'obstruction et de provocation initiées par ses partisans et le mouvement politique qu'il dirige, ou dans un tout autre but ». Après  avoir rappelé que chaque citoyen de la République d'Arménie jouit de la liberté et du droit de participer à tout mouvement, N. Pachinian a précisé: « Lorsque la police a reçu l'assurance que sa visite n'avait qu'un objectif protocolaire, l'entrée de Sa Sainteté le Patriarche sur le site du mémorial de Sardarabad où se déroulait un événement officiel d'État, a été assurée ».
Nikol Pachinian a ensuite insisté sur le fait que le problème ne résidait pas dans la participation à un tel mouvement, mais de savoir quel était le but véritable de cette visite : «  entraver, ou pas, cette cérémonie officielle ». Il a conclu par ces mots : « Je le répète, le mouvement qu'il dirige avait entrepris [la veille] un processus visant à entraver, ou du moins à créer les conditions nécessaires pour générer de tels obstacles ».
Il est de notoriété publique que depuis la « Révolution de Velours » de  2018, les deux parties s’ignorent mutuellement sans que l’on ne sache vraiment comment on en est arrivé à cette situation. 

A la différence de tous les responsables politiques qui se sont succédés depuis l’indépendance du pays, le Premier ministre Pachinian n’assiste pas aux célébrations de Noël et de Pâques à Etchmiadzine, tandis que le Catholicos ne parait pas à ces côtés pour les commémorations organisée par l’État le 24 avril, le 28 mai ou le 21 septembre. 

Le fait est d’autant plus étonnant qu’à la différence de plusieurs des anciens dirigeants du pays que l’on présentait comme des « pratiquants zélés », mais qui avaient parfois du mal à se signer ou à réciter un simple « Notre Père », Pachinian récite des psaumes entiers lors de ses vœux à la nation pour Noël et Pâques et fait souvent référence au Christ et aux Évangiles qu’il semble avoir découverts à la faveur d’une recherche personnelle. Cela fait sans doute de lui un chrétien arménien assez « atypique », peu conforme au modèle traditionnel en cours dans une partie de l’Église arménienne.

Quoi qu’il en soit, sauf « miracle de dernière minute », pour la première fois depuis 1991, l’État pourrait ne pas être représenté à la bénédiction du saint Chrême et à la reconsécration de la cathédrale d’Etchmiadzine qui devrait rouvrir ses portes en septembre après une décennie de travaux.

L’engagement d’une partie du Haut-clergé dans ce mouvement insurrectionnel risque d’accélérer le mouvement de laïcisation de la société arménienne et pourrait bien finir par couter à cette vénérable institution âgée de plus de 1700 ans son statut « d’Église de la nation » inscrit dans la Constitution.

Gorune

Éditorial