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La voie aérienne sera-t-elle ouverte ?

Le désastre humanitaire en Artsakh s’aggrave de jour en jour. Comme si le blocage du corridor de Berdzor ne suffisait pas, l’impudence de l’Azerbaïdjan grandit tout comme le non-respect qu’il professe pour les lois juridiques et morales internationales. Le dernier acte a été l’enlèvement en toute illégalité de trois jeunes étudiants d’Artsakh, qui partaient en Arménie pour reprendre leurs études. Ils étaient pourtant sous la protection des soldats russes chargés du maintien de la paix et ces derniers s’étaient entendus auparavant avec les gardes-frontières azéris pour que la traversée se passe sans entrave au point de contrôle du pont de Hakari. Le crédit dont jouissait la Russie se réduit de plus en plus, que ce soit en Arménie ou en Artsakh. Surtout en Artsakh, où après la guerre de 2020, des dizaines de milliers d’habitants de l’Artsakh, croyant en la protection des troupes russes de maintien de la paix, sont retournés dans leur pays, justement pour espérer y vivre en paix, et s’il le fallait, même en tant que sujets russes.

L’autre manifestation de l’insolence de l’Azerbaïdjan, c’est le convoi – soi-disant humanitaire – de deux camions de farine affrétés par l’organisation du Croissant Rouge d’Azerbaïdjan, via la route Aghdam-Stepanakert. Après avoir privé la population d’Artsakh de leur pain quotidien pendant 261 jours, il est honteux pour l’Azerbaidjan d’envoyer – même symboliquement – deux camions de farine face aux 19 camions d’aide humanitaire pourvus par le gouvernement arménien bloqués par les garde-frontières azéris à l’entrée du couloir de Berdzor depuis le 26 juillet. Sans parler de toutes les attaques des snipers azéris dont sont quotidiennement  victimes les villageois de l’Artsakh alors qu’ils cultivent leurs champs…

La France, pour sa part, recourt à des initiatives humanitaires, diplomatiques et politiques en réponse au désastre humanitaire en Artsakh. À commencer par le président Macron, qui a déclaré devant l’assemblée des ambassadeurs de France que la France exigerait le respect absolu du corridor de Berdzor et recourrait à une initiative diplomatique en ce sens pour renforcer la pression internationale. Déjà, la nouvelle circulait dans les journaux – Le Figaro et Le Point – que le président français s’employait à présenter une résolution devant le Conseil de sécurité de l’ONU concernant la réouverture de Berdzor…

Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) a annoncé que la maire de Paris, Anne Hidalgo, arrivera en Arménie le 30 août. Elle accompagnera le convoi humanitaire allant d’Erevan vers Berdzor. Les régions de l’Ile-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes, les Hauts-de-France, l’Occitanie, le Pays-de-la-Loire se sont jointes à la municipalité de Paris, pour l’envoi de l’aide humanitaire depuis la France.

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a qualifié la politique azerbaïdjanaise consistant à forcer les Arméniens d’Artsakh à émigrer d’« illégale et immorale ».

Le 28 août, après la réunion du gouvernement, le président de l’Artsakh, Arayik Haroutionian, a annoncé : « En tout état de cause, la question de la route doit être résolue. Nous avons attendu jusqu’à ce jour, nous avons cru, nous avons cru en Poutine, nous avons aussi cru en Biden, nous avons aussi cru en Macron et nous avons prêté foi au gouvernement arménien… Mais ils nous ont laissés à notre sort d’otages.»

Rien n’indique clairement que la route humanitaire sera ouverte. La seule initiative qui puisse donner espoir est la déclaration du prince Michel du Liechtenstein selon laquelle lui et plusieurs dirigeants menant des activités humanitaires ont exprimé leur volonté d’acheminer l’aide humanitaire vers l’Artsakh par avion. Il est nécessaire de passer des paroles aux actes pour que la foi du peuple d’Artsakh soit rétablie et qu’ils soient enfin réconfortés.

J. Tch.

Éditorial