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L’adresse du Premier ministre de la République d’Arménie à l’occasion du 109e anniversaire du Génocide des Arméniens

Cher peuple,

Chers citoyens de la République d’Arménie,

Aujourd’hui, nous faisons mémoire des 1,5 million de victimes du Génocide des Arméniens, de la « grande catastrophe » qui ont été anéantis par le sabre dans l’Empire ottoman à partir de 1915.

Cette tragédie d’une immense ampleur s’est produite pendant la Première Guerre mondiale, alors que notre nation était privée de toute tradition étatique perdue il y a des siècles, et que le peuple arménien oublié de tous était  victime de ruses géopolitiques et de vaines promesses, visiblement privé en tout premier lieu de toute pensée politique qui lui aurait permis alors d’appréhender le monde et ses règles de fonctionnement.

La « Grande Catastrophe » est devenue pour nous une tragédie et une peine immense qui nous a ébranlés collectivement, en tant que nation, et, sans exagération aucune, elle constitue depuis un facteur déterminant de notre socio-psychologie. Aujourd’hui encore, nous percevons le monde, notre environnement, nous-mêmes, à l’aune du trauma de la « Grande Catastrophe »  alors que nous n’avons pas encore surmonté ce trauma.

Les implications en sont qu’en tant qu’État internationalement reconnu, alors que nous nous trouvons souvent en relation et en compétition avec d’autres pays et avec la communauté internationale dans un grand état d’appréhension. Pour cette raison, nous ne pouvons parfois ne pas discerner correctement les réalités et les facteurs, les processus historiques et les perspectives qui se présentent à nous.

C’est peut-être aussi la raison pour laquelle nous subissons de nouveaux chocs, en revivant le traumatisme hérité du Génocide des Arménien qui est perçu comme une partie de notre « héritage».

En ce sens, je considère la question de la perception à l’interne de la « Grande Catastrophe » comme extrêmement importante. Lorsque nous parlons du Génocide des Arméniens, de la « Grande Catastrophe », nous faisons toujours référence au monde extérieur, nous parlons au monde extérieur, mais le débat interne qui s’impose à ce sujet n’a jamais eu lieu.

Que devrions-nous faire et ne pas faire pour surmonter le trauma du génocide et l’exclure en tant que menace existentielle ? Ce sont des questions qui devraient constituer le « sujet clef » de discussions dans notre pensée politique, scientifique et philosophique. Mais ce point de vue sur le génocide n’est pas très répandu chez nous.

C’est un impératif, un impératif urgent : nous devons analyser les liens entre la « Grande Catastrophe »  et la Première République d’Arménie. Nous devons également relier la perception de la « Grande Catastrophe » aux intérêts vitaux de notre État national, la République d’Arménie.

Le Génocide, la privation de la patrie ne sont pas pour nous une condamnation que nous devrions endurer à travers la recherche continue d’une patrie perdue. Nous devons cesser de rechercher une patrie, car nous avons trouvé cette patrie, notre « Terre promise, où coulent le lait et le miel ». Pour nous, la commémoration des martyrs du Génocide ne doit pas symboliser la patrie perdue, mais la patrie retrouvée et réelle à travers la République d’Arménie dont les politiques compétitives, légitimes, réfléchies et créatives peuvent exclure une répétition du Génocide.

Plus jamais cela !

Ce n’est pas aux autres qu’il faut que nous disions cela, mais à nous-mêmes. Ce n’est pas du tout une accusation contre nous, mais un point de vue selon lequel nous, seuls, sommes responsables et maitres de notre destin. Nous devons donc avoir suffisamment de volonté, de profondeur et de compétences pour assumer cette responsabilité dans le domaine de nos décisions et perceptions souveraines.

Que les martyrs de la « Grande Catastrophe » et tous nos autres martyrs reposent en paix dans la République d’Arménie.

Et que vive la République d’Arménie !

Éditorial