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Le conflit israélo-palestinien ne présage rien de bon

Plus de onze mille morts, dont cinq mille enfants, déplacement de deux millions et demi de personnes, bombardement et démolition d’immeubles et des quartier résidentiels. Arrêt de l’approvisionnement en eau, électricité, gaz, téléphone, de nourriture et des produits vitaux. Suspension du fonctionnement des hôpitaux… La réaction à l’attaque du «Hamas» du 7 octobre contre Israël a dépassé les limites de la punition et cible directement la population palestinienne, ce qui est intolérable et inhumain. 

En tant qu’Arméniens nous avons eu le malheur, depuis 2020, de vivre les terribles événements de la guerre Arménie-Artsakh-Azerbaïdjan, qui se sont soldés par le nettoyage ethnique de l’Artsakh en septembre dernier. Durant cette guerre, l’Arménie et l’Artsakh étaient seuls face à l’alliance armée turco-azérie, qui bénéficiait de l’aide substantielle d’Israël et de la Russie. Les Arméniens d’Artsakh ont subi des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre, de nettoyage ethnique, sous le regard passif de la communauté internationale.

Les échelles de la guerre israélo-palestinienne dépassent largement celles de l’arméno-azéries. Israël est un État puissant, où vivent environ 7 millions de Juifs-Israéliens, et le nombre de Juifs dans le monde est d’environ 35 à 40 millions. Israël bénéficie du soutien inconditionnel de l’Europe et notamment des USA, dont il peut être considéré comme le 51e État. Et les Palestiniens bénéficient du soutien de la nation arabe qui compte près d’un demi-milliard et d’un milliard et demi de musulmans. La réponse disproportionnée d’Israël à l’attaque du « Hamas » du 7 octobre aura des conséquences très graves sur les relations inter-ethniques et inter-religieuses, ainsi que des relations inter-étatiques. Ceci s’est déjà traduit par une nette augmentation des actes anti-sémites ces jours-ci. Elle met à mal les rapports des populations juives, chrétiennes et musulmanes dans les pays occidentaux. 

Un certain nombre de dirigeants européens ont tardivement commencé à ressentir ce danger, comme le président Macron qui, après avoir soutenu le droit d’Israël à se défendre, exige, maintenant, un cessez-le-feu immédiat, sans toutefois condamner directement les attaques israéliennes. Dans une interview récente, accordée au BBC, il a déclaré : « En pratique, aujourd’hui, ce sont des civils qui sont bombardés. Des bébés, des femmes et des personnes âgées sont bombardés et tués », en ajoutant : « Il n’y a aucune excuse pour cette situation. C’est pourquoi nous appelons Israël à arrêter. »

Heureusement, les positions des communautés juive et chrétienne ne sont pas aussi tranchées que celles des dirigeants occidentaux. Beaucoup d’entre eux soutiennent la lutte du peuple palestinien contre la position à courte vue des dirigeants israéliens et ceux de leur pays. Les réseaux sociaux jouent un rôle essentiel dans la prise de conscience de la réalité sur le terrain de la guerre, les souffrances subies par la population palestinienne sont vues et diffusées en direct. Elles viennent s’opposer aux interprétations occidentales pro-israéliennes, diffusées par certains médias.

Il faut également mentionner les déclarations d’un certain nombre d’intellectuels juifs courageux, qui condamnent fermement la politique d’apartheid exercée par le Premier ministre Netanyahu, la qualifiant de fasciste et considérant le Premier ministre comme le plus grand ennemi d’Israël.

Les Arméniens aussi ne seront pas épargnés par les conséquences de ce conflit dans les pays occidentaux. En ce qui concerne les relations de l’Arménie avec ses trois voisins immédiats de confession musulmane : Israël à des relations très contrastées avec tous : alliance avec l’Azerbaïdjan, animosité totale avec l’Iran, et des relations perturbées avec la Turquie. Juste le contraire des positions de l’État arménien, vis-à-vis de l’Azerbaïdjan et l’Iran.

Cette situation a empêché l’établissement de relations diplomatiques sereines et normales entre l’Arménie et Israël. En tout cas et pour l’instant, l’issue de la guerre avec les Palestiniens ne présage rien de bon, car la politique du pire est poursuivie, bien qu’en diaspora, les relations arméniennes et juives puissent à certains égards être qualifiées de cordiales ou d’amicales. Mais, la non-reconnaissance du Génocide arménien par Israël a compliqué les relations entre les deux pays. D’autre part, le lobby juif américain a pendant longtemps défendu la position turque auprès de Washington, tout comme dans le cas du conflit arméno-azéri, il a défendu la position azérie auprès de l’UE et les États-Unis. Et en ce qui concerne les Arméniens d’Israël, en particulier ceux de Jérusalem, les relations arméno-juives se détériorent d’année en année à cause des agressions des extrémistes religieux juifs. Et il faut le reconnaître, il existe aussi des Arméniens qui regardent avec jalousie la puissance de l’État d’Israël et celle du lobby juif dans le monde. 

J. Tch.

Éditorial