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L’humour des despotes est sans borne …

Dans un billet publié sur le site d’informations « 1 IN AM », Vahram Atanesyan, ancien député au Parlement d’Artsakh et journaliste, évoque la conférence qui s’est tenue à Moscou du 15 au 17 février durant laquelle La Russie et l’Azerbaïdjan ont lancé un nouveau « mouvement anticolonial ». Ce forum international aurait rassemblé plus de 400 participants venus de 55 pays, dont l’Arménie.  Sur une photographie publiée sur le site « Réseau International », on peut voir qu’une délégation  arménienne, celle du parti « Arménie prospère » [Բարգաճաճ Հայաստան], est conduite par le fondateur de ce parti, l’oligarque Gaguik Tzaroukian, qui figure à la droite de Dimitri Medvedev.

Plus rien ne nous surprend depuis que Poutine a entrepris de « dénazifier » l’Ukraine par son « opération spéciale » et qu’Aliev qui a chassé la population de l’Artsakh de ses terres ancestrales se pose en défenseur des droits des peuples colonisés, en Afrique, en Corse, en Guyane et en Polynésie française.

Au milieu de tout cela, un constat s’impose, les despotes peuvent avoir de l’humour et le ridicule ne tue toujours pas.

Sahak Sukiasyan

Le billet de Vahram Atanesyan

« Russie unie », le parti au pouvoir en Russie, a organisé une conférence intitulée « Contre le colonialisme, pour la liberté des Nations ». Dès sa réinstallation au poste de président, Ilham Aliev a annoncé que l’orientation principale de la politique étrangère de l’Azerbaïdjan n’est plus le règlement du conflit du Karabakh puisque celui-ci a été accompli, mais qu’il fallait désormais se tenir « en première ligne de la lutte contre l’islamophobie et le colonialisme ». Aliev avait sans aucun doute été informé de cette initiative de « Russie unie ». L’Azerbaïdjan participe donc à cette conférence en y envoyant d’une délégation du « Milli Mejlis », le Parlement azerbaïdjanais.

Selon la presse, le « Parti Arménie Prospère » a reçu une invitation à participer à ce forum. Les médias de Bakou ont rapporté le débat animé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan à l’ouverture du forum. Arman Abovian, ancien député à l’Assemblée nationale,  a évoqué le nettoyage ethnique en Artsakh, la destruction du patrimoine culturel et condamné l’arménophobie de l’Azerbaïdjan. En réponse, le député du « Milli Mejlis » Nizami Safarov a rappelé « les trente années d’occupation, la déportation d’environ un million d’Azerbaïdjanais depuis l’Arménie et des territoires souverains de l’Azerbaïdjan ».

Un débat reste un débat et les représentants de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan ne pouvaient s’épargner un tel échange de tirs dans le cadre de ce forum. Le plus important dans l’histoire est qu’Ilham Aliev considère qu’il doit « être en première ligne dans la lutte contre l’islamophobie et le néocolonialisme » comme une priorité de la politique étrangère de l’Azerbaïdjan. Et cela s’inscrit dans le contexte de confrontation civilisationnelle entre la Russie et l’Occident. La Russie qualifie de « néocolonial » l’ordre mondial que les États-Unis tentent d’établir, ou du moins de protéger. Dans ce contexte, il est très intéressant de noter son allusion à un message que le Premier ministre britannique lui aurait envoyé assez tardivement dans lequel ce dernier indique que les deux pays « ont travaillé ensemble au cours des douze derniers mois pour aider l’Ukraine et ont entamé un dialogue stratégique à Londres ». L’implication de l’Azerbaïdjan dans les projets d’aide à l’Ukraine ne peut être un secret pour la Russie. Mais pourquoi le Premier ministre britannique rend-il l’affaire publique ? Aliev n’aurait-il pas tenu toutes les promesses faites à l’égard de Londres  ?

Selon toute apparence, dans la situation actuelle, la dépendance d’Aliev à l’égard de Moscou est plus grande que ce qu’une fâcherie de la part des États-Unis et de l’Occident collectif pourrait lui coûter. Dimitri Medvedev, fondateur de « Russie unie », Vice-président du Conseil de sécurité russe, a annoncé qu’une réunion de l’organe permanent de l’organisation « Contre le colonialisme, Pour la liberté des peuples » se tiendrait à Vladivostok en juillet.

Sous quelle forme l’Azerbaïdjan participera-t-il à la formation de cet organisme ? Cela relève littéralement du canular. 

Selon l’acte intitulé « De la restauration de l’indépendance de l’État » de la  loi constitutionnelle de l’Azerbaïdjan qui constitue la base juridico-politique de la constitution actuelle, il est clairement indiqué que le 28 avril 1920, la Russie bolcheviqu « a occupé l’Azerbaïdjan, a renversé son gouvernement légitime, a soumis [son] territoire à l’annexion » en soulignant que l’Azerbaïdjan avait été « colonisé » au sein de l’URSS.

Mais la realpolitik  dicte aujourd’hui une priorité toute autre. En Août 1920, lors du « Congrès des peuples de l’Orient » convoqué à Bakou, la République indépendante d’Arménie avait été dénoncée comme un « agent de l’impérialisme international », ce qui annonçait de fait sa chute. Aujourd’hui, l’Artsakh est victime de la politique coloniale, mais la Russie et l’Azerbaïdjan sont à la tête du mouvement anticolonial. 

Dans ces conditions, le parti « Arménie Prospère » parviendra-t-il à s’assurer une présence institutionnelle dans cet organe en gestation ?

Éditorial