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OPINION – Les mystères du silence des hommes d’Église

Nous le savons bien, au cours de l’histoire, il n’a jamais été bien aisé de rendre à Dieu et à César ce qui leur revenait. Cependant dans la situation actuelle, les positions de certains responsables religieux peuvent encore plus interroger les Arméniens et les propres fidèles de leurs Églises.

Concernant l’Artsakh, nous sommes évidemment tous interloqués par le silence sidéral du Pape François devant cette tragédie alors que son intervention pourrait influer positivement en faveur de nos frères et sœurs d’Artsakh. Mais on murmure ci et là que la manne des dons de la « Fondation Aliev » au Vatican et le souhait de ne pas compromettre un rapprochement toujours à venir avec l’Église de Moscou n’y seraient pas étrangers.

Pourtant, alors qu’il se trouve à Marseille où il va à nouveau « interpeler les consciences des Européens » sur le sort des migrants arrivant à Lampedusa, le Pape et son entourage n’auraient  pas répondu à une demande d’audience du CCAF local qui souhaitait le sensibiliser à la cause des Artsakhiotes.

L’indifférence ostentatoire et ouvertement complice du Patriarche Cyril de Moscou avec la « trinité infernale » que constituent Poutine, Erdogan et Aliev ne laisse plus place au moindre doute. Nous connaissons tous la personnalité et le passé de cette « figure religieuse » très douteuse. A cet égard, le moment est-il sans doute aussi venu pour l’Église arménienne de reconnaitre la duplicité de l’Église Russe et de dénoncer son silence.

De son côté, le Patriarche Œcuménique Bartholomée de Constantinople qui n’hésite à provoquer une rupture avec son « frère » de Moscou et à recevoir V. Zelensky, ne trouve pas non plus le courage pour défendre la vie des artsakhiotes, fidèles de la fille ainée de l’Église universelle.

Mais alors que dire des calculs de nos propres religieux lorsqu’il s’agit, par exemple, de taire le rôle de la Russie poutinienne dans la tragédie qui frappe l’Artsakh et l’Arménie ?

Il y a deux jours, les responsables des Églises arméniennes de France – Apostolique, Catholique et Evangélique –  ont publié un communiqué commun concernant la situation en Artsakh. Tout y est clairement décrit, mais curieusement, alors qu’ils dénoncent le rôle de l’Azerbaïdjan et la Turquie, on ne trouve pas un mot de la responsabilité de la Russie poutinienne dont la complicité avec ces deux pays ne fait pourtant plus aucun doute.

Hier, la Hongrie a été LE pays qui a opposé son véto à une résolution commune de l’UE sur le Karabakh. Devons-nous nous en étonner ?

Nous nous souvenons tous de l’assassinat à Budapest le 19 Février 2004 de l’officier arménien Kourken Markarian et du comportement honteux des autorités hongroises qui avaient rendu à l’Azerbaïdjan le criminel  Ramil Safarov honoré comme un héros national à son retour à Bakou.  Les positions pro-russes de l’autocrate Victor Orban ne sont pas non plus un mystère.

Pourtant, le 22 novembre 2022, au monastère des Carmélites de Budapest, le Premier ministre Viktor Orbán avait reçu le patriarche arménien catholique Raphaël Bedros XXI qui lui avait alors remis la Médaille de l’ordre de la  « Sainte Croix de gratitude » en raison de son engagement  personnel et son précieux soutien aux opprimés et persécutés chrétiens du monde entier ». L’événement avait alors été enveloppé d’une prudente discrétion (voir le lien) https://civilek.info/en/2022/11/02/the-leader-of-the-armenian-catholic-church-pointed-out-viktor-orban/

Dieu a-t-il un avis sur ses serviteurs et reste-t-il encore quelque chose à rajouter ? 

Sahak SUKIASYAN

Éditorial