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OPINIONS – Les « diplomates expérimentés de 30 ans »

La masse des marcheurs de « Le Tavush pour la patrie » réunie à Erevan, place de la République, a vu monter sur le podium Vahagn Melikian à l’invitation de Mgr Galstanian. Bloc-note à la main, il donna lecture d’un  texte abracadabrant. Ce texte, dit-t-il, fut élaboré(sic) par un groupe d’ex-fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères, un groupe s’autoproclamant « le conseil des diplomates ».  Pour donner de l’importance à ce conseil dont les explications commençaient à ennuyer le public présent, l’orateur et même le prélat du Tavush trouvèrent nécessaire d’insister sur la « haute qualité professionnelle » de ces fonctionnaires à la retraite en les qualifiant de diplomates professionnels confirmés d’une trentaine de années d’expérience.  

La presse arménienne révéla par la suite que faisaient partie de ce conseil Ara Ayvazian, ex-Ministre, Avet Adonts, ex-Vice ministre des Affaires étrangères, tous pratiquement issus de l’école soviétique, en service pendant la présidence de Robert Kotcharian et de Serge Sarkissian.  

Interrogé par un journaliste, lors de la conférence de presse, à l’occasion de la visite du ministre des Affaires étrangères de Malte, Ararat Mirzoyan a qualifié ces ex-fonctionnaires de « déserteurs » (sic). Au moment où la patrie avait besoin de ces soldats, ils ont quitté les tranchées, a dit le ministre en substance.

Tout le sens de ce texte soi-disant élaboré tend à condamner la position jugée anti-russe du gouvernement. En fait, il recommande une attitude pro-russe.

C’est le malheur de l’Arménie d’avoir un corps diplomatique pénétré de personnes formées à l’école soviétique. Les membres issus des instituts spécialisés russes n’ont agi qu’en accord avec la Russie. Leur relation  professionnelle ressemble plus à la collaboration avec un pays qui depuis 2007-2008 se rapproche  de la Turquie d’Erdogan au détriment des accords qui lient l’Arménie à la Russie. Les dirigeants de Moscou  considèrent toujours l’Arménie comme une province, pire, comme une colonie. Ces « diplomates »
n’ont pas voulu voir le changement d’attitude du Kremlin qui a largement armé l’Azerbaïdjan d’Aliev fils pour anéantir le Haut-Karabakh. Ils n’ont pas vu que pas à pas des morceaux de territoires artsakhiotes étaient arrachés et remis aux autorités de Bakou (processus de Paroukhisation).

L’absurdité qui saute aux yeux dans leur texte est de réclamer des garanties d’applicabilité ou de mise en oeuvre d’une décision politique entre deux Etats. Un diplomate doit savoir, ne serait-ce qu’intuitivement, qu’une décision  entre ennemis est réellement applicable dès lors que les parties disposent de forces nécessaires à obliger mutuellement à se conformer aux clauses de l’accord. Par ailleurs, ces messieurs estiment que la prise en considération de la déclaration de 1991 d’Almaty est illégale et recommandent, comble de la bêtise, de cesser l’opération de délimitation/démarcation pour la réalisation de laquelle plusieurs institutions et pays importants ont salué Erevan et Bakou. Ils disent qu’ils n’y a pas eu de précédent où une telle opération soit intervenue avant la signature d’un accord de paix. Ara Papian, ancien ambassadeur au Canada, avait énuméré les séquences de la procédure, mais ce formalisme pourrait  être contourné dès lors qu’il y a risque d’affrontement militaire et précisément  il y en avait, d’autant plus que Moscou a intérêt à faire éclater une guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour  saisir « l’aubaine politique » d’intervenir comme « pacificateur ».

La nuit où plusieurs années de négociations avec l’Union européenne ont été volatilisées par un coup de signature de Serge Sarkissian le 3 septembre 2013, ces diplomates expérimentés n’ont pas bronché. En effet, l’ordre de rejoindre l’UEEA (Union économique eurasienne) venait de leur pays de référence.  

Cependant, des diplomates au sens vrai du terme, ont œuvré au sein du  ministère arménien des Affaires étrangères, comme l’ambassadeur Viguen Tchitetchian, qui a servi à Paris et à Bruxelles ou le numéro deux de l’ambassade à Washington. Quelques diplomates expérimentés agissent également à l’heure actuelle, comme l’Ambassadrice d’Arménie à Paris ou l’Ambassadeur à Beyrouth, sans faire des déclarations saugrenues, récemment à Bruxelles, au sujet de la présence russe  dans le Sud-Caucase.    

Armand M. 

Éditorial