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PARIS-INALCO – Double conférence consacrée à la littérature arménienne d’Istanbul par Hervé Georgelin

 

Les 29 et 31 janvier, Hervé Georgelin était invité à l’Inalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales), à l’initiative de Timur Muhittin, maître de conférences en littérature au Département turc, pour donner deux conférences sur la littérature arménienne d’Istanbul.

Hervé Georgelin est maître de conférences au département d’études turques et d’études asiatiques contemporaines de l’université nationale et capodistrienne d’Athènes, spécialiste de l’histoire de la population non musulmane de l’Empire ottoman, notamment de l’histoire des Arméniens, des Juifs et des autres minorités chrétiennes. Il est également traducteur de l’arménien vers le français. Il a déjà traduit trois romans de l’écrivain stambouliote arménien Zaven Biberyan, «Մրջիւններու վերջալոյսը» – « Le crépuscule des fourmis » (Genève, 2012), «Լկրտածը» – « La trainée » (Genève, 2015) et «Անկուտի սիրահարները» – « Les amants fauchés », qui reste inédit. Grâce aux traductions de Georgelin, les œuvres de Biberyan, restées méconnues pendant un demi-siècle, deviennent accessibles au public francophone et sort en quelque sorte du cercle restreint des lecteurs arméniens.

La première conférence était consacrée à la littérature arménienne dans l’Empire Ottoman (1880 à 1923), la seconde à Zaven Biberyan et à son
roman « Amants fauchés », qui a été traduit mais, comme nous l’avons dit, pas encore publié. Un ouvrage que l’auteur a également traduit en turc. A noter que Biberyan est un écrivain trilingue : arménien, turc et français…

Après avoir brièvement présenté la biographie de Zaven Biberyan, M. Georgelin a fait un parallèle entre la biographie de l’auteur et les personnages créés par celui-ci, souvent jeunes, perdus, en quête d’amour. Dans la dernière traduction, « Amants fauchés », le héros, qui n’a rien d’héroïque, est un modèle se rapprochant de l’autobiographie de l’auteur.

Biberyan était assez proche des Grecs, il les côtoyait. Il aimait développer des relations en dehors de la communauté arménienne. Il visitait souvent les îles des Princes et participait aux festins des insulaires. En d’autres termes, c’était un écrivain qui aimait la vie. Il détestait les formalités et les contraintes de l’environnement arménien qu’il jugeait borné, ce qui trouve écho dans sa littérature. Dans ses romans, Biberyan parle souvent de l’atmosphère oppressante de la communauté arménienne. Les personnages veulent vivre librement, profiter pleinement de leur jeunesse, mais la société, l’école, l’église les contraignent. C’était un écrivain stambouliote arménien moderne qui était à même de présenter l’anxiété de son temps, les complexes, les complications, les contraintes politiques et idéologiques à tous les niveaux, depuis la famille jusqu’au niveau personnel, communautaire, amical, éducatif, professionnel, politique… C’est un auteur peu compris, loin d’être apprécié à sa juste valeur et surtout peu lu, lui qui avait pourtant réussi à décrire l’environnement turc avec sa mosaïque sociale avec ses plusieurs couches. Dans le même temps, l’environnement turc a également été intolérant, les approches politiques et le nationalisme l’ayant restreint dans son exercice.

L’assistance de ces deux conférences était composée de jeunes étudiants  français, turcs, arméniens, ainsi que de bibliophiles plus âgés, qui s’était empressée à ces rencontres enrichissantes.

C. I.

Éditorial