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RWANDA – Une nation ayant subi le génocide peut-elle ignorer le génocide d’une autre nation ?

Le Musée du Génocide des Toutsis à Kigali

Tous les documents relatifs au génocide arménien du Musée du Génocide de Rwanda ont été retirés

Le titre de notre dernier éditorial était « Une nation ayant subi un génocide peut-elle elle-même perpétrer un génocide ? » Le débat reste ouvert.

Parmi les nombreuses autres questions que l’on peut se poser sur le génocide, il en est une dont la réponse a déjà été apportée, c’est : “Une nation ayant subi un génocide peut-elle nier ou ignorer le génocide d’une autre nation ?” Israël nous en a déjà donné une indication assez claire, contre laquelle le procès intenté devant la Cour internationale de Justice, – accusé de génocide, d’ailleurs – constituait le sujet même de l’éditorial mentionné ci-dessus.

Bien qu’Israël n’ait pas nié l’existence du génocide arménien, il ne l’a jamais reconnu non plus officiellement, pas plus qu’il ne l’a condamné, bien au contraire, il s’en est fait un vulgaire atout dans son conflit avec la Turquie, qu’il n’hésite pas à utiliser à chaque fois qu’il juge nécessaire.

Mais venons à notre cas, au Rwanda.

Tous les documents, absolument toutes références au génocide arménien ont « se sont volatilisés » du musée consacré au génocide des Tutsis situé à Kigali, capitale du pays. Ils ont tous été retirés de l’exposition. L’information est rapportée par l’hebdomadaire “Le Point”, et l’auteur de l’article est le célèbre reporteur bien connu des Arméniens, infatigable et impartial, Guillaume Perrier, un expert de la Turquie, où il a été correspondant de la presse française pendant de nombreuses années. Il affirme sans hésitation que les autorités rwandaises ont pris cette décision sous la pression turque.

Nous qui suivons de près la presse turque pouvons confirmer, qu’il est vrai que depuis un certain temps, notamment dans la presse pro-gouvernementale, on vante souvent les aspects africains de la diplomatie turque actuelle, en soulignant que les États occidentaux qui historiquement dominaient (colonialistes) dans ce continent (soulignant à chaque fois particulièrement l’exemple de la France, considérée par Ankara comme un État hostile… pour des raisons que nous connaissons tous…), “sont virés les uns après les autres”, pour laisser leur place au “grand frère turc”. En lisant de telles affirmations, nous pensions toujours qu’il s’agissait de la pommade passée à l’électorat. À présent, force est de constater que nous nous trompions lourdement et que la Turquie « a son mot à dire » jusqu’au fin fond du musée du Génocide de Kigali.

Quant à la question posée dans le titre plus haut, elle trouve ainsi sa réponse. Il n’y a rien que puisse faire le poids face à des intérêts, ni même les valeurs morales, ni même un génocide.

A. T. ■

Éditorial