Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Un ecclésiastique dépourvu de message spirituel et de projet politique

La marche « Le Tavouch pour la Patrie », qui a débuté le 4 mai, a atteint la place de la République à Erevan le 9 mai. A son arrivée, Monseigneur Bagrat a prononcé un discours au cours duquel il a exigé la démission du Premier ministre Pachinian. Ce rassemblement, composé de plusieurs milliers de personnes, rappelait le processus de la révolution de velours de Nikol Pachinian en 2018, à la seule différence qu’à cette époque, le soulèvement populaire était contre la corruption, les élections frauduleuses, et que la raison du soulèvement actuel est la dignité nationale blessée des Arméniens face à la menace permanente de la partie azérie.

L’appel de Monseigneur Bagrat suscite de très sérieuses questions. Il ignore totalement la capacité de défense de l’armée arménienne, le manque de garanties sécuritaires de grands acteurs internationaux pour protéger l’Arménie comme la Russie et des pays occidentaux, et sous-estime la puissance militaire de l’armée azérie. Le slogan « Arménien, Arménie, Patrie, Dieu », visible sur le pavillon de la Place de la République, une série de vocables qui se réfèrent à l’identité, au patriotisme, au religieux, dénotent l’absence d’un projet politique sérieux, dans un contexte où l’on note la complexité de la politique internationale, et où pèsent des menaces azéries à l’encontre des Arméniens, au moment même où l’armée arménienne peine à s’approvisionner en munitions. Dans une telle situation exiger la démission du gouvernement arménien est un cadeau inattendu offert à Aliev et cela inciterait au déclenchement d’une nouvelle guerre, qui aurait des conséquences incalculables pour l’Arménie, et le but final serait d’appeler à nouveau la Russie au secours.

Garnik Danielian, député de la faction parlementaire « Arménie » et président du comité régional de la FRA Dachnagtsoutioun du Tavush, a aidé l’évêque dans l’organisation de la marche. Depuis 2018, les dirigeants de l’ancien régime ne cachent pas leur volonté de prendre le pouvoir. Le mouvement antigouvernemental, sous la direction de l’archevêque Bagrat Galstanian, est parti, au départ, des préoccupations sincères des villageois concernant la démarcation de la frontière au niveau des quatre villages du Tavush, mais plus il s’est approché d’Erevan, plus la présence des forces politiques soutenant le mouvement s’est accentuée. Du Catholicos de tous les Arméniens aux ecclésiastiques de haut rang et aux communautés ecclésiales de la diaspora, en passant par les partis d’opposition et les organisations non-gouvernementales, de nombreux appels ont été lancés pour se joindre à la marche
« Le Tavush  pour la Patrie ».

L’initiative du révérend père Bagrat, illustre bien la crise profonde que traverse l’Église apostolique arménienne. Les slogans à teneur religieuse – chrétienne -, comme la « Marche pour la réconciliation et pour la paix », la « Marche cathartique ». « Nous sommes des instruments entre les mains du Dieu. N’associez rien à une personne » et ainsi de suite, ne peuvent cacher la présence des forces politiques derrière le religieux de haut rang et un projet poursuivant le renversement du gouvernement, et tout cela souligne le vide spirituel abyssal dont sont dotés des ecclésiastiques.

J. Tch. 

Éditorial