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Artsakh : quand la crise humanitaire déclenche une crise politique

L’Azerbaïdjan poursuit sa tactique agressive consistant à affamer le peuple d’Artsakh afin de le contraindre soit à l’assujettir complètement soit à l’expulser de ses terres ancestrales. Cela avec le consentement tacite de la partie russe, tant qu’il n’aura pas le couloir de Syunik reliant le Nakhitchevan à lui contre l’ouverture du couloir de Berdzor. De plus, contrairement à l’accord conclu par l’Arménie et l’Azerbaïdjan à Prague lors du Sommet de la Communauté politique européenne en octobre 2022 sur la « reconnaissance mutuelle de l’intégrité territoriale », des attaques sont continuellement menées par l’Azerbaïdjan à la frontière de l’Arménie, faisant des victimes et des blessés.

Face à cet état des faits la communauté internationale n’a pas manifesté une une condamnation franche assortie de sanctions à l’égard de l’Azerbaïdjan. Ce qui le rend d’autant plus impudent.

La France fait seule exception à cette attitude d’inaction politique internationale. Sa classe politique, à commencer par le président Macron, est activement impliquée dans la résolution de la crise humanitaire en Artsakh. Concrètement, c’est lors du Sommet de la communauté politique européenne à Prague, grâce à l’intervention du président Macron, que la Mission civile européenne d’observation a été créée et déployée à la frontière arménienne, pour prévenir les incidents frontaliers entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et pour rétablir la confiance mutuelle. Les observateurs n’ont pas du tout réussi leur mission, mais leur présence a deux significations politiques importantes. La première est que sans cette présence, la situation à la frontière deviendrait beaucoup plus instable et dangereuse, car les attaques ont lieu là où des visites d’observateurs ne sont pas programmées. Deuxièmement, pour l’Arménie la présence d’observateurs européens constitue une stratégie de diversification de son système de défense et un défi lancé à la Russie, afin qu’elle assume ses responsabilités d’allié stratégique de défense envers l’Arménie. 

La Russie et le OTSC ne supportent pas la présence de cette mission civile européenne, d’autant plus que l’Arménie a rejeté une mission similaire de l’OTSC à la frontière Arménie-Azerbaïdjan, la Russie et l’OTSC ayant refusé de condamner les attaques azéries.

Le 30 août, la visite de la délégation française en Arménie dirigée par la maire de Paris, Anne Hidalgo, et les dix camions d’aide humanitaire française, a mis une pression supplémentaire sur l’Azerbaïdjan pour qu’il ouvre la route de Berdzor. C’était aussi une preuve de l’implication politique positive de la France en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh. La présence de personnalités politiques françaises de premier plan à l’entrée du corridor de Berdzor constituait un acte politique fort, qui a eu en Occident ses répercussions sur le plan médiatique. De nombreux médias de premier plan ont évoqué la catastrophe de humanitaire en Artsakh, l’inapplication de la décision de la Cour internationale de Justice, la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU à ce sujet le 16 août dernier, ainsi que le sort du peuple d’Artsakh condamné à la famine et les événements historiques qui ont donnés lieu à cette confrontation inter-ethnique. Cette visite de la délégation française a poussé le président français Macron à vouloir se rendre également en Arménie dans les prochains jours, comme il avait  promis il y a quelques mois à un groupe d’intellectuels et de journalistes français. Également, le 6 septembre, la commissaire à la protection des droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic est attendue à Erevan pour évaluer la situation.

Le cours des événements n’inspire aucun optimisme, notamment en raison d’une débâcle politique en Artsakh, où le désastre humain causé par le blocus a déclenché un mini coup d’État, où la lutte entre les forces politiques pro-russe et pro-gouvernement-arménien, sans effusion de sang, en faveur des forces pro-russes, ce qui a amené le président élu de l’Artsakh, Araïk Haroutunian, à démissionner de son poste. Le Parlement élira un nouveau président le 8 septembre. La Russie fait tout pour installer au pouvoir en Arménie les forces politiques qui lui sont subordonnées, afin d’imposer l’ouverture du couloir de Syunik à l’Arménie, en échange de la restitution de la libre circulation du couloir de Berdzor, afin de perpétuer sa présence en Artsakh et dans la région.

J. Tch. 

Éditorial