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DOCUMENTS POUR L’HISTOIRE – L’ instrumentalisation de la religion par l’Azerbaïdjan

En réponse aux récentes prises de position des Églises (COE et KEK) en faveur des Arméniens d’Artsakh et pour discréditer l’aide humanitaire envoyée depuis l’Arménie, les services de la propagande azerbaïdjanaise utilisent une nouvelle fois leur traditionnel « kit religieux » élaboré pour témoigner des « libéralités » cultuelles et culturelles de l’Azerbaïdjan. 

Le 4 août,  le Cheikh-ul-Islam Allahchukur Pachazadeh, chef des Musulmans du Caucase, Milikh Yevdayev, Responsable de la « Communauté des Juifs des Montagnes », l’Archimandrite Alexis Koronikov, Chancelier du diocèse de l’Église orthodoxe russe, Alexandre Charovski, Responsable de la communauté juive européenne de Bakou, Robert Mobili, « Président de la Communauté religieuse chrétienne albanaise-oudie » ont produit un très long texte, une nouvelle, interminable et indigeste logorrhée composée d’un florilège de mensonges et de flagornerie dédiée à leur véritable maitre, Ilham Aliev. Seul manque à l’appel pour cette nouvelle diatribe anti-arménienne Mgr. Vladimir Fekete, l’évêque catholique romain dont on ne sait pas s’il a refusé de signer ce document ou s’il se trouvait hors de Bakou lors de cette rencontre des responsable spirituels de l’Azerbaïdjan. 

On remarquera à cette occasion la différence entre la dictature azérie et la démocratie arménienne qui ne contraint personne, ni les hiérarques de l’Église arménienne, ni les responsables des communautés religieuses présentes en Arménie – dont ceux de l’Église orthodoxe russe – à apposer leur signature sous de tels documents. 

Les responsables religieux azéris dénoncent avec virulence plusieurs condamnations de leur pays votées par des instances chrétiennes comme le Conseil Œcuménique des Églises ou la Conférence des Églises européennes.  A l’occasion, ils ne manquent pas de les accuser de partialité et comme étant instrumentalisées par les deux sièges d’Etchmiadzine et de Cilicie de l’Église arménienne qu’ils qualifient de « revancharde » alors qu’elle ne fait qu’accompagner ses fidèles en ces moments d’épreuve.

Mais que dire alors de leur propre cas, de leur silence, alors que 120 000 personnes, femmes, hommes et enfants, des « citoyens de l’Azerbaïdjan », selon les dire même de leur président, sont en prise à une gigantesque crise humanitaire et pour lesquels ils n’ont pas un mot de compassion ? 

Que dire des manipulations de la propagande azérie qui tente d’imposer ses vues xénophobes dans toutes les instances islamiques et proclamant « qu’aucun pays musulman ne peut être ami des Arméniens » ?    

On se souvient en particulier du discours d’Aliev à Chouchi en janvier 2021 dans lequel celui-ci déclarait «L’Arménie ne peut pas être l’amie des pays musulmans. Un pays qui détruit des mosquées ne peut pas être ami avec des pays musulmans. Accepter l’Arménie comme un pays ami est de l’hypocrisie et de l’impiété. Comment les dirigeants des pays musulmans peuvent-ils être amis avec ceux qui ont détruit des mosquées ? Qu’ils répondent ! Qu’ils répondent à leur peuple et non à moi»  (Azvision.az , le 15 Janvier 2021). 

Nous savons également comment lors de leur guerre d’agression contre l’Artsakh, la Turquie d’Erdogan et l’Azerbaïdjan ont conduit sur le front des centaines de mercenaires venus de Syrie au nom de la « solidarité islamique ».

Une lecture attentive de ce document révèle les ressorts – grossiers – de la manipulation permanente de la Religion et des sentiments religieux par un dictateur nourri au sein de l’athéisme soviétique par un père général du K.G.B. 

En plus de la rhétorique et des arguments traditionnellement utilisés par la propagande azerbaïdjanaise, trois passages de ce texte sont particulièrement intéressants. Celui qui présente I. Aliev comme un grand humaniste soucieux du bien-être des peuples de la région, le paragraphe consacré à la France « fauteur de guerre et organisatrice de génocides » et celui  de la victimisation de l’Azerbaïdjan. Dépourvus de tout sens du ridicule, ces « responsables religieux » au lieu de s’inquiéter du sort de la population de l’Artsakh dont le sort empire jour après jour, dénoncent le « blocus » dont le Nakhitchevan serait victime depuis 30 ans et que personne n’avait songé à condamner depuis ce temps. 

Mais surtout, en établissant ainsi un parallèle improbable entre les deux situations, ces grands spécialistes de géopolitique ne réalisent pas qu’en évoquant ce supposé « isolement » du Nakhitchevan du reste de l’Azerbaïdjan, ils reconnaissent de facto que « l’Artsakh, c’est l’Arménie ».

 Sahak Sukiasyan

  

DECLARATION DU CONSEIL DES RESPONSABLES RELIGIEUX D’AZERBAIDJAN

« Au nom du Créateur Unique !

Nous, chefs des confessions religieuses d’Azerbaïdjan, considérons qu’il est important de déclarer ce qui suit concernant les annonces biaisées entourant le nouveau spectacle provocateur créé artificiellement par l’Arménie – le « spectacle TIR » – [des semi-remorques] sur la route Latchin-Khankendi [Sdepanakert]qui est le territoire souverain territoire de l’Azerbaïdjan reconnu par la communauté internationale.

Tout d’abord, nous voudrions dire que bien que le sujet évoqué ne soit pas de nature religieuse, notre principal devoir en tant que personnes désirant l’établissement de la paix dans la région du Caucase et en tant que responsables religieux qui font de grands efforts dans ce sens, est d’apprécier ces événements à l’aune des critères de la justice.

La vérité est que l’acheminement de semi-remorques vers le poste de contrôle de Lachin sous le nom « d’aide humanitaire » par l’Arménie relève d’une campagne de provocation anti-azerbaïdjanaise préméditée visant à capter l’attention de la communauté internationale. 

À plusieurs reprises, les organes de l’État azerbaïdjanais ont invité les habitants arméniens locaux de la région du Karabakh vivant à Khankendi [Sdepanakert] à une discussion, mais l’Arménie s’y est refusé et a rejeté les propositions humanitaires de l’Azerbaïdjan. Le fait que les camions aient délibérément créé un problème en direction du poste frontière de Lachin en Azerbaïdjan en qualifiant l’événement de « politique de nettoyage ethnique » et de « crise humanitaire » est une nouvelle manifestation des pratiques de la partie arménienne visant à déformer régulièrement la vérité. Nous déclarons sans équivoque que les informations diffusées par l’Arménie sur la « politique de nettoyage ethnique» sont erronées et calomnieuses. 

La communauté internationale ne doit pas oublier que durant une période de près de 30 ans,  du fait de la politique de purification ethnique menée par les extrémistes arméniens, plus d’un million d’Azerbaïdjanais ont été contraints de quitter leurs terres ancestrales et ont vécu une existence de réfugiés et de déplacés intérieurs. C’est à l’époque de l’agression de l’Arménie contre l’Azerbaïdjan que des mosquées, des sanctuaires, des cimetières, des monuments historiques ont été détruits et pillés dans nos territoires occupés, que des églises chrétiennes appartenant à l’Albanie du Caucase et des églises orthodoxes russes ont été grégorianisées [arménisées], des animaux considérés comme impurs par l’Islam ont été parqués dans des mosquées et les tout le monde islamique en a été insulté. Malgré la fin de la guerre, des centaines de nos concitoyens continuent de perdre la vie et à devenir handicapés du fait des explosions de mines terrestres qui ont été transportées directement par l’Arménie vers les territoires de l’Azerbaïdjan par la route de Lachin.

Sous la direction de son chef de l’État, le peuple azerbaïdjanais a restauré son intégrité territoriale en sauvant ses terres ancestrales officiellement reconnues par l’ONU et le droit international de l’agression de l’Arménie. Aujourd’hui, prêter attention au niveau de l’État à la restauration et à la reconstruction des monuments religieux et spirituels ainsi qu’au patrimoine civil dans les territoires libérés de l’occupation est une confirmation de l’image de tolérance de l’Azerbaïdjan dans le monde en tant que l’un des principaux centres du dialogue inter-religieux entre les cultures et les civilisations.

Le Président de la République d’Azerbaïdjan, Ilham Aliev, qui est unanimement  reconnu pour sa pensée globale et ses idées humanistes, en tant que leader qui détermine le destin de la région et réécrit l’histoire, appelle à la paix et à la coexistence de toutes les hautes autorités et invite la partie adverses à une solidarité fondée sur une pensée politique et une logique humaniste au service de l’avenir des peuples. Il est dommage qu’en retour, les revanchards arméniens continuent de mener des campagnes de diffamation contre notre pays depuis les tribunes de diverses organisations internationales et abusent même des forums religieux, en particulier du Conseil Œcuménique des Églises, à des fins politiques insidieuses. 

L’Église apostolique arménienne qui est à l’avant-garde du revanchisme arménien mène une propagande de vengeance, une campagne de diffamation contre l’Azerbaïdjan au niveau international. Le fait que le Conseil Œcuménique des Églises ait publié trois déclarations contre l’Azerbaïdjan en moins d’un an indique que l’un des présidents du Conseil Œcuménique des Églises – Aram Ier, le chef de l’Église arménienne de Cilicie, en tant que principal idéologue dans l’organisation de cette série de campagnes de menaces, et les auteurs-exécuteurs – le président du Comité central (modérateur) le délégué [l’archevêque Viken] Aykazyan jouent un rôle clé. À cet égard, il est très regrettable que le Conseil Œcuménique des Églises ait récemment adopté une position pro-arménienne unilatérale et biaisée. La position destructrice et la propagande anti-azerbaïdjanaise de l’organisation de ceux qui se prétendant des « Églises », qui au lieu de lancer des appels à la conciliation qui contribueraient au maintien de la paix et favoriseraient la coexistence, ramènent la situation actuelle au niveau interreligieux et poussent à un conflit  entre Chrétiens et  Musulmans sous prétexte de « solidarité chrétienne ». Ce qui ne correspond nullement à ses buts et est même contraire aux principes de justice des religions. 

Précédemment, dans une lettre adressée à M. Jerry Pillay,  Secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises, et au Dr Heinrich Bedford-Strohm, Président du Comité central [modérateur], nous avions exprimé nos objections concernant les déclarations faites lors de la 11ème Assemblée du COE, ainsi que dans le document final de la dernière réunion du Comité central du Conseil œcuménique des Églises qui a servi les intérêts de la partie arménienne. Il y était noté qu’avec la communauté internationale, le Premier ministre arménien N. Pashinyan en personne avait officiellement reconnu les 86 600 km² du territoire de l’Azerbaïdjan où il n’y avait pas d’unité administrative appelée « Haut-Karabakh- Artsakh ». Malgré cela, dans la déclaration publiée le 31 juillet de cette année, en reprenant délibérément dans ce texte le nom « d’Artsakh » à plusieurs reprises, le Conseil œcuménique des Églises s’est ingéré de manière grossière dans les affaires intérieures, la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan et manifesté un manque de respect manifeste qui ne sied pas à une organisation qui porte le nom d’Église.

La position actuelle du Conseil Œcuménique des Églises qui n’exprime pas de « préoccupations » face aux crimes génocidaires commis contre la population azerbaïdjanaise par des usurpateurs arméniens lors de la première guerre du Karabakh, comme le massacre de Khojaly est fondée sur un double standard et la politique politicienne. Le fait que le Conseil œcuménique des Églises qui ne s’est pas opposé depuis fort longtemps au blocus par l’Arménie du Nakhitchevan, territoire souverain de l’Azerbaïdjan, fasse maintenant preuve d’un tel zèle est une hypocrisie qui ne sied pas à une organisation religieuse internationale.

Depuis de nombreuses années, nous avons vu un certain nombre de pays européens, en particulier la France, qui promeut les génocides, la violence et les conflits en Afrique et en Océanie, ainsi que certaines organisations occidentales, prendre des décisions biaisées et anti-azéries et adopter des résolutions sous l’influence du lobby arménien. Il ne fait aucun doute que l’objectif des séparatistes officiels d’Erevan, du Karabakh et de leurs partisans qui ont reçu la « bénédiction » d’Etchmiadzine dans le cadre de cette nouvelle provocation est de perturber la signature de l’accord de paix en détournant les négociations en cours entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie sur diverses plates-formes d’un cours positif et de mener à bien leurs activités de revanchisme.

Nous condamnons fermement de telles situations et appelons l’Arménie, en particulier les Églises [Sièges] arméniennes de Cilicie et d’Etchmiadzine, à renoncer à la rhétorique de guerre, aux appels à la haine entre les nations et à ne pas soutenir les idées de revanchisme. Une telle politique finira par aggraver la situation dans la région et ne profitera en particulier pas au peuple arménien.

Dans ces processus, l’activité du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans la région est particulièrement préoccupante. Il y a quelque temps, les autorités de Bakou ont prouvé par des faits que le CICR était engagé dans des activités de contrebande par la route de Lachin et a révélé la participation directe du CICR au transfert de criminels de guerre et de terroristes arméniens à travers la frontière.

Il ressort clairement de l’histoire des religions que tous les prophètes, y compris le prophète Jésus, ont invité les gens à la vérité, à la justice et à la paix. Nous, dirigeants des confessions religieuses œuvrant en Azerbaïdjan, appelons par le biais de cette déclaration la communauté mondiale, en particulier le Conseil œcuménique des Églises, à ne pas endosser la propagande provocatrice arménienne qui est un obstacle à la paix et à la sérénité dans notre région et à ne prendre en compte que les informations factuelles. 

N’oublions pas que le devoir principal des chefs religieux est de respecter la loi divine et à se tenir dans une position conciliante pour le bien de la paix entre les hommes ».

 Ville de Bakou, 4 août 2023

Éditorial